6 février 2019

Tout s'explique

Le projet de rapprochement entre Alstom et Siemens rejeté

Pourquoi la Commission européenne a-t-elle refusé le rapprochement entre Alstom et Siemens ?

La Commission européenne a interdit aujourd’hui le projet d’acquisition de l’entreprise française de transport ferroviaire Alstom par le groupe allemand Siemens. La commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, a estimé que « cette concentration aurait entraîné une hausse des prix pour les systèmes de signalisation qui assurent la sécurité des passagers et pour les futures générations de trains à très grande vitesse ». La Commission européenne a précisé avoir reçu « plusieurs plaintes émanant de clients, de concurrents, d’associations professionnelles et de syndicats » et « des observations négatives de plusieurs autorités nationales de la concurrence ».

Pourquoi la réglementation européenne sur la concurrence est-elle contestée ?

La Commission européenne possède le pouvoir de s’opposer à une concentration d’entreprises d’une certaine taille si celle-ci nuit à la concurrence et aux consommateurs depuis un règlement européen de 1989, qui a été remplacé par un nouveau texte en 2004. Sur plus de 6 000 dossiers reçus en près de 30 ans, la Commission en a rejeté moins d’une trentaine. La ministre chargée des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, a estimé dimanche que les règles de la Commission européenne en matière de concurrence étaient « devenues absurdes » parce qu’elles empêchaient de « construire des champions européens » capables de rivaliser avec les grands groupes d’autres continents. Les ministres français et allemand de l’Économie ont exprimé ces derniers jours le souhait de modifier ces règles européennes. Bruno Le Maire a ainsi proposé que « le Conseil européen, c’est-à-dire les chefs d’État, puisse s’exprimer sur la décision européenne en matière de concurrence ».

Quel était le but de la fusion ?

Annoncé en 2017, le projet de rapprochement d’Alstom et des activités ferroviaires de Siemens avait été présenté par les patrons des deux groupes comme l’opportunité de créer un « champion européen » capable de rivaliser avec le numéro un mondial du secteur ferroviaire, le chinois CRRC. Créé en 2015 par la fusion de deux entreprises publiques, CRRC a réalisé en 2017 environ 26 milliards d’euros de chiffre d’affaires, contre environ 15 milliards pour Alstom et la branche mobilité de Siemens réunis. Il revendique sa présence dans 104 pays à travers tous les continents. La commissaire européenne Margrethe Vestager a toutefois déclaré que CRRC réalisait « 90 % de son chiffre d’affaires en Chine » et qu’il n’y avait « aucune perspective d’entrée des Chinois sur le marché européen dans un avenir prévisible ».