8 février 2019

Tout s'explique

Compromis européen sur la fourniture de gaz

Qu’est-ce que le projet Nord Stream 2 ?

La chancelière allemande, Angela Merkel, a annoncé aujourd’hui que les pays membres de l’UE avaient accepté un amendement franco-allemand à la révision de la directive européenne de 2009 sur le gaz, qui réglemente les gazoducs reliant des États membres à un pays tiers. Cet amendement vise en particulier à débloquer le projet Nord Stream 2 aujourd’hui menacé par la révision de cette directive. Ce projet prévoit de doubler la capacité d’approvisionnement actuelle, qui passe par le gazoduc Nord Stream reliant la Russie à l’Allemagne par la mer Baltique et inauguré en 2011. D’un coût de 9,5 milliards d’euros, Nord Stream 2 est financé pour la moitié par le groupe industriel russe Gazprom et pour l’autre moitié par cinq industriels européens, à hauteur de 10 % chacun, dont le groupe français Engie et le groupe allemand Uniper. Le gazoduc doit être mis en service d’ici 2020.

Qui s’y oppose ?

La Commission européenne a émis des réserves sur la construction de Nord Stream 2, estimant que ce projet pouvait affaiblir la sécurité de l’approvisionnement de l’UE, en augmentant sa dépendance au gaz importé de Russie. Elle estimait également que celui-ci contrevenait aux règles du Marché unique, en donnant à Gazprom une influence excessive sur le marché du gaz européen. Elle a ainsi proposé en 2017 une révision de la directive européenne sur le gaz, prévoyant que tous les gazoducs en provenance d’un pays tiers soient conformes aux règles européennes. Le Parlement européen a adopté ce projet de révision en mars 2018. Plusieurs pays partagent les inquiétudes de la Commission européenne. C’est le cas des membres du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie) et des États-Unis, qui menacent d’imposer des sanctions aux entreprises européennes participant au projet.

Que représente le gaz russe dans l’approvisionnement de l’UE ?

« L’UE est largement dépendante des importations de gaz en provenance de pays tiers », rappelait un communiqué du Parlement européen en mars 2018. Il précisait que ces importations représentaient 69,3 % de la consommation totale de gaz dans l’UE en 2015. La Russie a fourni 38,5 % du gaz naturel importé par l’Union européenne en 2017, selon l’institut de statistiques Eurostat. Elle en est ainsi le premier fournisseur, devant la Norvège (37,7 %) et l’Algérie (11,9 %). L’Allemagne est le premier importateur européen de gaz russe, qui constitue plus de la moitié de ses importations de gaz naturel. Au premier semestre de l’année dernière, 11 pays de l’UE se sont approvisionnés auprès de la Russie pour plus de 75 % de leurs importations de gaz naturel. Il s’agit de l’ensemble des pays d’Europe de l’Est, à l’exception de la Lituanie et de la Croatie.