12 février 2019

Tout s'explique

Hausse des faits antisémites en France

Dans quelle mesure les faits antisémites ont-ils augmenté en France ?

Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, s’est rendu hier à Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne), la ville où Ilan Halimi, un juif de 23 ans, avait été retrouvé agonisant en 2006 après avoir subi des tortures. Hier, deux arbres plantés en sa mémoire ont été abattu pour l’un et partiellement scié pour l’autre. Christophe Castaner a annoncé que le nombre de faits à caractère antisémite avait augmenté de 74 % entre 2017 et 2018, passant de 311 à 541 faits déclarés auprès de la police. Ils regroupent 183 actions antisémites (violences, tentatives d’homicide et un homicide, ainsi que des atteintes aux biens) et 358 menaces à caractère antisémite. Il s’agit de la première hausse des faits antisémites depuis 2014. Cette année-là avait été marquée par une recrudescence de ces actions et menaces, suivie ensuite par trois années de baisse (voir notre graphique).

Comment l’antisémitisme est-il puni en France ?

Selon la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses ». Si la liberté d’expression est également consacrée par ce texte, celle-ci est aussi encadrée. La tenue de propos ou d’écrits outrageants envers une personne ou un groupe en raison de son origine ou de son appartenance « à une ethnie, une nation, une race ou une religion » constitue ainsi une infraction pénale depuis 1972. La provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence – à caractère antisémite ou non – peut être punie par une peine allant jusqu’à un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. La négation de crimes contre l’humanité, comme le génocide des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, peut être punie par une peine similaire.

Qui sont les auteurs des actes antisémites ?

Dans son rapport annuel de 2017 sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, la Commission nationale consultative des droits de l’homme, un organisme public, écrivait que « les auteurs d’infractions restent une population mal connue, car ils ne sont souvent pas identifiés ». Elle soulignait que « les opinions antisémites sont plus répandues parmi les sympathisants de droite, et nettement plus chez les proches du FN », devenu depuis le Rassemblement national. Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT, affirmait aujourd’hui au Monde qu’« au-delà de l’antisémitisme islamiste, nous assistons à la résurgence d’une extrême droite identitaire virulente [€] qui n’hésite plus à passer à l’acte ».