25 février 2019

Tout s'explique

Tensions aux frontières du Venezuela

Où en est la crise politique au Venezuela ?

Le dirigeant de l’opposition et président autoproclamé du Venezuela, Juan Guaido, rencontrait aujourd’hui à Bogota (Colombie) le vice-président des États-Unis, Mike Pence, ainsi que les représentants du groupe de Lima, qui réunit 14 pays d’Amérique du Sud, afin de trouver des solutions pour résoudre la crise politique dans son pays. Élu président du Parlement le 5 janvier, Juan Guaido s’est déclaré président du pays « par intérim » le 23 janvier, obtenant aussitôt le soutien des États-Unis, puis celui d’une cinquantaine de pays, dont la France. Ceux-ci réclament de nouvelles élections, considérant comme l’opposition vénézuélienne que la réélection en mai du président, Nicolas Maduro, est illégitime. L’UE appelle à « éviter une intervention militaire ». 156 militaires ont fui ce week-end en Colombie, selon le service des migrations de ce pays. Juan Guaido cherche à obtenir l’appui de l’armée, dont plusieurs membres font partie du gouvernement vénézuélien.

Pourquoi l’aide humanitaire est-elle bloquée ?

Juan Guaido avait promis la semaine dernière de faire entrer samedi au Venezuela l’aide humanitaire qui attend en Colombie et au Brésil, mais celle-ci est toujours bloquée aux frontières du pays par les forces de l’ordre vénézuéliennes. Nicolas Maduro a fait fermer les principaux points de passage vers son pays, car il estime que le convoi d’aide est un prétexte à une intervention militaire étrangère. La Haute-Commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme, l’ancienne présidente du Chili Michelle Bachelet, a dénoncé hier « l’usage excessif de la force employée » par les troupes vénézuéliennes aux frontières, qui ont fait quatre morts et plus de 300 blessés. L’aide humanitaire est principalement fournie par les États-Unis, avec l’aide de l’UE et de plusieurs pays sud-américains. L’ONG humanitaire La Croix-Rouge ne participe pas à sa distribution, le chef de sa délégation colombienne estimant qu’elle ne répond pas à des objectifs d’« impartialité ».

Quelle est l’ampleur de l’exode vénézuélien ?

L’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) ont annoncé vendredi que le nombre de réfugiés et migrants vénézuéliens s’élevait à 3,4 millions de personnes. Cela représente près de 10 % de la population. La majorité d’entre eux – 2,7 millions – se situent dans d’autres pays d’Amérique latine et des Caraïbes. La Colombie est le pays qui en accueille le plus, avec 1,1 million de réfugiés et migrants vénézuéliens sur son territoire. Selon les estimations du HCR et de l’OIM, environ 5 000 personnes ont fui le Venezuela chaque jour en 2018. Les flux d’émigration ont largement augmenté depuis 2015, date à laquelle l’OIM estimait à 700 000 le nombre de Vénézuéliens ayant migré ou s’étant réfugiés à l’étranger. L’instabilité politique en est l’une des causes, ainsi que la crise économique, qui s’est aggravée depuis la baisse des cours du pétrole en 2014. L’économie vénézuélienne, qui repose pour l’essentiel sur cette matière première, subit depuis une hyperinflation.