1er mars 2019

Tout s'explique

Manifestations en Algérie

Quelle est la cause des manifestations que connaît l’Algérie ?

Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont participé aujourd’hui à des manifestations en Algérie pour protester contre la candidature à un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika. Au pouvoir depuis 1999, le chef de l’État, qui aura 82 ans demain, est très affaibli depuis qu’il a été victime en 2013 d’un accident vasculaire cérébral et il ne s’exprime plus en public. Son parti, le Front de libération nationale (FLN), l’a cependant désigné début février comme candidat pour l’élection présidentielle du 18 avril. Depuis cette annonce, des manifestations, relayées sur les réseaux sociaux, ont été organisées par des citoyens dans différentes parties du pays avant de s’intensifier la semaine dernière.

Qui détient le pouvoir en Algérie ?

Le pouvoir en Algérie est de facto détenu par la présidence de la République, les conseillers du président et l’entourage d’Abdelaziz Bouteflika, déclarait en septembre Abdou Semmar, directeur du site d’investigation Algérie Part interrogé par le site d’information Oumma.com. « Abdelaziz Bouteflika a fait un travail de démilitarisation important », ajoutait-il. En janvier 1992, l’armée algérienne avait fait interrompre les élections législatives, dont le Front islamique du salut, un mouvement militant pour la création d’un État islamique, avait remporté le premier tour. Le prédécesseur d’Abdelaziz Bouteflika à la présidence était un militaire, Liamine Zeroual, qui a dirigé le pays de 1994 à 1999. L’armée « est toujours très présente, mais son influence a objectivement diminué [€] depuis 30 ans » au profit des milieux économiques, explique au Monde l’historienne Karima Dirèche, directrice de recherche au CNRS.

Quelle est la situation économique du pays ?

L’économie algérienne dépend largement des hydrocarbures. Grâce à l’argent qu’ils rapportent, « le pays a fait d’énormes progrès, au niveau national, en termes de construction d’infrastructures, de logements, d’acheminement en gaz, en eau et en électricité, explique Brahim Oumansour, chercheur associé à l’Iris, un centre de réflexion, sur le site de cet organisme. Toutefois, beaucoup reste à faire, notamment concernant les services de santé qui sont dans un état déplorable. » La chute des cours mondiaux des hydrocarbures depuis 2014 a « mis en exergue les vulnérabilités » du modèle économique algérien, note sur son site la direction générale du Trésor français. En 2017, les hydrocarbures représentaient 95 % des exportations algériennes et 20 % du produit intérieur brut du pays, rapporte-t-elle. Le taux de chômage des 16-24 ans dépasse 29 %, selon les derniers chiffres publiés par l’institut algérien de statistiques ONS en septembre.