6 mars 2019

Tout s'explique

Les surveillants de prison protestent après une agression

Pourquoi les surveillants de prison manifestent-ils ?

Des surveillants de prison ont bloqué ce matin 18 des 188 établissements pénitentiaires français et le mouvement se poursuivait à la mi-journée dans deux d’entre eux. Les manifestants souhaitent ainsi protester contre l’agression hier de deux de leurs collègues, poignardés par un détenu radicalisé et sa femme à Condé-sur-Sarthe (Orne) dans une unité de vie familiale, un lieu où les prisonniers peuvent recevoir leur conjoint et leurs enfants. L’agresseur a été interpellé hier soir par le Raid, une unité d’élite de la police. Son épouse est décédée à la suite de l’intervention. Le syndicat majoritaire chez les surveillants pénitentiaires, SNP-FO, a appelé dès hier au blocage des prisons en demandant des effectifs supplémentaires, des équipements adaptés aux détenus les plus dangereux, comme des passe-menottes permettant d’entraver le détenu avant de pénétrer dans la cellule, et une revalorisation salariale du personnel.

Sur quoi avait débouché la mobilisation de l’an dernier ?

En janvier 2018, un mouvement de blocage des prisons avait duré une dizaine de jours en réaction à l’agression de trois surveillants de la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) par un détenu condamné pour terrorisme. La mobilisation avait pris fin avec la signature d’un accord entre le ministère de la Justice et le syndicat majoritaire à l’époque, l’Ufap-Unsa. L’accord prévoyait la création de 1 100 emplois en quatre ans, un meilleur équipement du personnel et la prise en charge des détenus dangereux ou radicalisés « dans des quartiers totalement étanches ». Dans un communiqué publié aujourd’hui, le syndicat « réaffirme la nécessité de créer des structures adaptées, des établissements spécialisés totalement étanches avec un régime de détention stricte pour les détenus violents et/ou radicalisés ».

Comment s’organise la lutte contre la radicalisation en prison ?

« Manifestement il y a encore des failles » dans le traitement des détenus radicalisés, a déclaré ce matin sur RMC la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. Sur les 70 000 détenus en France, 500 le sont après avoir été condamnés pour des faits de terrorisme, selon l’Administration pénitentiaire. Nicole Belloubet a déclaré que 1 200 détenus identifiés comme « radicalisés » allaient passer par des quartiers d’évaluation de la radicalisation. Ce dispositif inauguré en février 2017 consiste à évaluer pendant quatre mois le niveau de dangerosité de détenus soupçonnés de pratique radicale de l’islam. À l’issue de cette période, ils peuvent être placés à l’isolement ou envoyés dans l’un des trois quartiers de prévention de la radicalisation qui existent en France, une unité de très haute sécurité clairement séparée du reste de la prison, où des grilles remplacent les barreaux des cellules et où est mis en place un système de passe-menottes.