7 mars 2019

Tout s'explique

La justice condamne le cardinal Barbarin

Quelle décision la justice a-t-elle rendue ?

Le tribunal correctionnel de Lyon a condamné le cardinal Philippe Barbarin à six mois de prison avec sursis pour « non-dénonciation de mauvais traitements » envers un mineur entre 2014 et 2015. Dans son jugement, le tribunal a estimé que Philippe Barbarin avait voulu « éviter le scandale » causé par la révélation des multiples abus sexuels commis par un prêtre et par les « décisions bien peu adéquates » prises par les évêques qui l’ont précédé. Le jugement ajoute que le cardinal a ainsi « préféré prendre le risque d’empêcher la découverte de très nombreuses victimes d’abus sexuels par la justice et d’interdire l’expression de leur douleur ». Absent lors du jugement, Philippe Barbarin a déclaré lors d’une allocution prendre « acte de la décision du tribunal » et a annoncé qu’il allait remettre sa démission au pape François. Il avait déjà proposé sa démission en 2016, au début de l’affaire, mais le pape l’avait refusée. Les avocats du cardinal ont annoncé qu’il avait l’intention de faire appel.

Comment cette affaire a-t-elle commencé ?

Le cardinal Philippe Barbarin était poursuivi par d’anciens scouts qui accusent le père Bernard Preynat d’attouchements sexuels dans leur enfance. Les faits – qui n’ont pas encore été jugés – remonteraient aux années 1980 et 1990, soit avant la nomination de Philippe Barbarin à Lyon, en 2002. En 2016, ces ex-scouts avaient porté plainte contre le cardinal, lui reprochant d’avoir été informé des actes pédophiles dès 2007 et de ne pas les avoir dénoncés à la justice, permettant au père Preynat de rester en fonction jusqu’en août 2015. Cette plainte avait été classée sans suite pour prescription des faits de non-dénonciation. Les plaignants ont lancé en 2017 une nouvelle procédure dite de « citation directe », leur assurant la tenue d’un procès. Lors de celui-ci, en janvier, Philippe Barbarin a affirmé ne pas avoir « cherché à cacher ces faits horribles », mais a évoqué une « erreur d’appréciation, de jugement ».

Quels sont les précédents judiciaires ?

C’est la troisième fois qu’un évêque est condamné en France pour des faits de non-dénonciation d’actes pédophiles. Le premier a été Pierre Pican, en 2001. Il avait été informé dans les années 1990 des agissements de l’abbé René Bisset, condamné en 2000 à 18 ans de prison pour le viol d’une douzaine de jeunes garçons, mais l’avait laissé en poste, lui recommandant de suivre une thérapie. Dans une interview accordée en 2010 à RTL, Pierre Pican avait déclaré : « Aujourd’hui, je ne dénoncerais pas plus qu’hier. » En novembre dernier, l’évêque André Fort a été condamné à huit mois de prison avec sursis pour avoir tu les agissements du prêtre Pierre de Castelet, auteur d’agressions sexuelles sur plusieurs jeunes garçons en 1993. À l’étranger, plusieurs évêques ont également été reconnus coupables de tels faits, notamment l’archevêque australien Philip Wilson, condamné en juin à 12 mois de prison pour avoir dissimulé des abus sexuels sur des enfants dans les années 1970.