12 mars 2019

Tout s'explique

Abdelaziz Bouteflika annule l’élection présidentielle algérienne

Qu’a décidé Abdelaziz Bouteflika pour répondre aux manifestants algériens ?

Pour répondre au mouvement de contestation populaire qui a émergé mi-février, à l’annonce de sa candidature à un cinquième mandat, le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, a adressé hier soir une lettre au peuple algérien par l’intermédiaire de l’agence de presse officielle APS. Il y a annoncé renoncer à briguer ce mandat supplémentaire. Il a également affirmé que l’élection présidentielle prévue le 18 avril n’aurait finalement pas lieu, sans fixer d’autre date, prévoyant à la place une période de transition. Âgé de 82 ans, Abdelaziz Bouteflika est au pouvoir depuis 1999. Malgré ces annonces, plusieurs manifestations, principalement menées par des étudiants, ont encore eu lieu dans le pays aujourd’hui. Des slogans comme « Ni prolongation ni report » y ont été scandés.

Comment l’Algérie va-t-elle être gouvernée ?

Abdelaziz Bouteflika a annoncé des changements au sein du gouvernement. Il a nommé Noureddine Bedoui au poste de Premier ministre. Ministre de l’Intérieur depuis 2015, celui-ci est chargé de former un nouveau gouvernement devant diriger le pays durant la période de transition annoncée. Abdelaziz Bouteflika a également nommé Ramtane Lamamra vice-Premier ministre, un poste qui n’existait pas jusqu’ici, ainsi que ministre des Affaires étrangères, une fonction qu’il a déjà occupée de 2013 à 2017. Abdelaziz Bouteflika a annoncé hier la mise en place d’une « conférence nationale », « équitablement représentative de la société algérienne ». Elle aura pour but de faire adopter plusieurs réformes et d’élaborer une nouvelle Constitution, qui sera soumise à un référendum, puis de fixer la date de la prochaine élection présidentielle. Elle devra « s’efforcer de compléter son mandat avant la fin de l’année 2019 ».

Quelles sont les figures de l’opposition en Algérie ?

Ramtane Lamamra a déclaré hier soir à RFI que le gouvernement souhaitait « ardemment » que l’opposition algérienne participe à la « conférence nationale » prévue. Pierre Vermeren, historien du Maghreb contemporain, explique à Brief.me que l’opposition est « faible » et a « peu de place pour émerger » en Algérie, car « elle n’a pas accès aux médias » officiels. Hormis le chef de l’État, cinq personnes avaient déposé leur candidature au Conseil constitutionnel pour l’élection présidentielle, dont le général à la retraite Ali Ghediri. La plupart des autres figures de l’opposition avaient renoncé à se présenter, pour dénoncer la candidature d’Abdelaziz Bouteflika. C’est le cas d’Ali Benflis, ancien Premier ministre de 2000 à 2003 et principal adversaire du président lors des précédentes élections de 2004 et 2014, ainsi que d’Abderrazak Makri, président du Mouvement de la société pour la paix, une formation islamiste.