15 mars 2019

Tout s'explique

Vote pour une cession des parts de l’État dans Aéroports de Paris

Qu’ont voté les députés ?

Les députés ont voté hier plusieurs articles du projet de loi relatif à la croissance et à la transformation des entreprises (Pacte) prévoyant la cession par l’État des 50,6 % du capital du groupe Aéroports de Paris (ADP) qu’il détient. Seraient ainsi transférés à des investisseurs privés les infrastructures et les droits d’exploitation d’ADP pour une durée de 70 ans avant qu’ils reviennent à l’État. L’opération vise à permettre à la société « d’entamer une nouvelle phase de son développement », précise l’exposé des motifs du projet de loi. Le gouvernement espère que cette cession lui rapportera 8 à 10 milliards d’euros et compte utiliser l’argent pour alimenter un « fonds pour l’innovation ». Le projet de loi Pacte doit être examiné une nouvelle fois d’ici la fin du mois par le Sénat avant un vote définitif à l’Assemblée.

Que représente le groupe ADP ?

Le groupe ADP possède les deux aéroports les plus fréquentés de France, Roissy et Orly, ainsi que celui du Bourget et des participations dans un groupe aéroportuaire turc et dans des aéroports à Amman, en Jordanie, et à Santiago du Chili. Son chiffre d’affaires a atteint 4,5 milliards d’euros en 2018, en hausse de presque 24 % par rapport à l’année précédente, et son résultat net 610 millions d’euros (+6,9 %). Les commerces et services de ses aéroports ont représenté près du quart du chiffre d’affaires en 2018. Les parts de l’État dans ADP représentent la deuxième valorisation boursière derrière celles qu’il détient dans EDF avec près de 9 milliards d’euros d’après le cours de l’action cet après-midi. En 2018, ADP a versé à l’État 173 millions d’euros de dividendes.

Quel est le bilan de la privatisation des autoroutes ?

« J’entends les comparaisons un peu rapides qui sont faites avec le précédent des autoroutes », a déclaré en janvier le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, ajoutant : « Nous ne referons pas les mêmes erreurs. » La concession à des entreprises privées de 7 000 kilomètres d’autoroutes publiques, en 2006, a rapporté à l’État 14,8 milliards d’euros. Dans un rapport de 2009, la Cour des comptes, chargée du contrôle de la dépense publique, a estimé que le montant avait été sous-évalué d’environ 10 milliards d’euros. Dans un rapport publié en 2014, l’Autorité de la concurrence, une autorité administrative indépendante, a relevé que les sociétés d’autoroutes privatisées avaient versé presque 10 milliards d’euros de dividendes entre 2006 et 2013, soit les deux tiers de ce que la cession a rapporté à l’État.