21 mars 2019

Tout s'explique

L’Italie et les « Nouvelles Routes de la soie »

Pourquoi le président chinois effectue-t-il une visite d’État en Italie ?

Le président chinois, Xi Jinping, a commencé aujourd’hui une visite d’État de trois jours en Italie. Il doit signer avec le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, un protocole d’accord sur le projet des « Nouvelles Routes de la soie », un programme d’investissements chinois dans des infrastructures étrangères. Giuseppe Conte a déclaré vendredi que cet accord-cadre permettrait à l’Italie de « rééquilibrer » sa balance commerciale avec la Chine et de renforcer ses exportations « dans le monde ». L’accord fixe un cadre pour la signature ultérieure de contrats portant sur des projets précis qui seront « évalués un par un », selon Giuseppe Conte, comme des investissements dans le port de Trieste, dans le nord-est du pays. Interrogé par France 24, l’économiste français Jean-François Dufour explique que l’Italie attend que ce port « en perte de vitesse » soit revitalisé « sur le modèle du port grec du Pirée, dont l’activité a été multipliée par cinq depuis son rachat » par un groupe public chinois.

En quoi consiste le projet des « Nouvelles Routes de la soie » ?

Le projet des « Nouvelles Routes de la soie » a été lancé par le président chinois Xi Jinping en 2013 afin d’accroître les échanges commerciaux du pays. Il vise à construire et à exploiter, en s’appuyant sur les ressources financières et industrielles de la Chine, des infrastructures portuaires, routières, ferroviaires et énergétiques dans plus de 60 pays en développement. Plusieurs pays de l’UE, dont la Pologne, la Grèce et le Portugal, ont déjà conclu des protocoles d’accord. Ils s’appuient « sur des promesses de financement quasi illimitées » de la part de la Chine, précise dans un entretien à L’Usine nouvelle l’historien François Godement. Ce spécialiste de la Chine explique que « la route maritime de la soie est devenue très concrète » à travers le monde puisque, par exemple, « près de 10 % des ports européens sont passés sous le contrôle d’investisseurs chinois ».

Quelles sont les critiques concernant ce projet d’accord ?

Aucun pays du G7, le groupe réunissant les sept pays parmi les plus grandes puissances du monde, dont l’Italie, n’a encore signé d’accord-cadre avec la Chine, le projet ne répondant pas selon eux aux besoins de leurs entreprises d’obtenir un accès plus facile au marché chinois. Le 9 mars, Garrett Marquis, un porte-parole pour les questions de sécurité nationale à la Maison-Blanche, a demandé à l’Italie de ne pas « donner sa légitimité au projet d’infrastructures » de la Chine. Le 12 mars, la Commission européenne a qualifié la Chine de « rival systémique » et a appelé les États membres à faire preuve d’une « pleine unité ». L’accord divise aussi la coalition au pouvoir en Italie. Si le Mouvement 5 étoiles, un parti antisystème, veut « saisir les opportunités pour relancer l’économie », la Ligue, un parti anti-immigration, a déclaré qu’elle dresserait « des barricades sur cette nouvelle route de la soie pour ne pas être colonisée ».