28 mars 2019

Tout s'explique

Des propositions pour réformer la prise en charge de la dépendance

En quoi consiste le rapport sur le grand âge remis au gouvernement ?

Dominique Libault, président du Haut Conseil du financement de la protection sociale, une instance créée en 2012 pour réfléchir à la pérennité du système, a remis ce matin un rapport sur le grand âge et l’autonomie à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Ce rapport avait été commandé en septembre par le Premier ministre, Édouard Philippe, afin de répondre aux questions soulevées par le « vieillissement de la population ». Dans son rapport, Dominique Libault formule 175 propositions pour mieux prendre en charge la dépendance (l’impossibilité pour une personne d’effectuer par elle-même certains actes de la vie courante) et estime que ces mesures couplées à l’évolution démographique conduiront à un « besoin de financement public supplémentaire par rapport à 2018 » de « 9,2 milliards d’euros d’ici 2030 ». Agnès Buzyn a déclaré ce matin qu’elle déposerait un projet de loi à l’automne.

Quelles sont les propositions du rapport ?

Pour financer les dépenses, le rapport recommande d’utiliser les éventuels « excédents » générés par « le régime général de la Sécurité sociale » jusqu’en 2024. Par la suite, il préconise de maintenir la CRDS, un impôt créé en 1996 pour résorber l’endettement de la Sécurité sociale et qui est censé disparaître à l’extinction de cette dette, prévue en 2024. Le rapport propose par ailleurs de réorienter l’offre de soins en la recentrant prioritairement sur le maintien à domicile des personnes âgées. Pour y parvenir, il demande de mieux accompagner les aidants familiaux, en leur allouant une allocation journalière d’environ 50 euros. Le rapport propose d’accorder une aide mensuelle de 300 euros aux patients à revenus moyens (1 000 à 1 600 euros par mois) séjournant dans les établissements spécialisés. Il préconise enfin de rendre plus attractifs les métiers liés au grand âge, notamment à travers la revalorisation des rémunérations.

Quelle est la réalité de la dépendance en France ?

La France comptait plus de 2 millions de personnes âgées dépendantes en 2015, dont 1,5 million vivaient à leur domicile, selon la Drees, l’organisme en charge des études pour le ministère de la Santé. Les dépenses liées à leur perte d’autonomie, hébergement compris, représentaient 30 milliards d’euros en 2014, dont 79 % pris en charge par les administrations publiques et 21 % par les personnes âgées ou leurs familles. Si celles-ci financent moins de 1 % des dépenses de soins, elles prennent en charge plus de la moitié des dépenses d’hébergement en établissement spécialisé. Selon le rapport, le reste à charge dans ces établissements s’élève en moyenne à 1 800 euros par mois, une somme que seules trois personnes âgées sur quatre ont les moyens de prendre en charge pendant six ans. Selon les projections de la Drees, la France comptera 200 000 à 410 000 personnes âgées dépendantes de plus en 2030, selon les progrès effectués d’ici là par la médecine et la prévention.