30 mars 2019

On revient au début

Les relations franco-chinoises

Le président chinois, Xi Jinping, a rendu visite à Emmanuel Macron de dimanche à mardi à Paris. Leur rencontre a donné lieu à la signature de contrats entre des entreprises chinoises et françaises pour un montant total de plusieurs dizaines de milliards d’euros et à la publication d’une déclaration commune réaffirmant les engagements de leur pays l’un envers l’autre. La France et la Chine entretiennent des relations depuis quatre siècles. Celles-ci ont fortement évolué au cours du XXe siècle.


À l’origine

Les relations entre la France et la Chine se développent à partir du XVIIe siècle, avec l’envoi par Louis XIV des premiers jésuites français sur le sol chinois. En 1844, à l’instar de ce qu’elle a fait avec la Grande-Bretagne, la Chine accorde à la France l’ouverture de ports pour son commerce et l’installation de consuls. Alors qu’elle considère que la Chine entrave son commerce, la France l’affronte entre 1881 et 1885, un conflit à l’issue duquel elle récupère la souveraineté sur un territoire chinois qui correspond à l’actuel Vietnam. La France obtient ensuite en 1898 un bail sur un territoire du sud de la Chine, qu’elle lui rétrocède en 1945. Elle a reconnu en 1913 l’existence de la République de Chine, qui a succédé un an plus tôt à l’Empire chinois. Les dirigeants de ce régime se replient en 1949 dans l’île de Taïwan, à l’issue d’une guerre civile qui les a opposés aux militants du Parti communiste chinois. Ceux-ci prennent le pouvoir et proclament la République populaire de Chine.


Les dates clés

1964

« Le poids de l’évidence et de la raison pesant chaque jour davantage, la France a choisi de placer ses rapports avec la République populaire de Chine sur un plan normal, autrement dit diplomatique », déclare fin janvier 1964 le président français, Charles de Gaulle, lors d’une conférence de presse, quelques jours après la publication d’un communiqué commun avec le gouvernement chinois. En pleine guerre froide, la France est l’une des premières puissances occidentales à reconnaître la République populaire de Chine, contre l’avis des États-Unis, et elle est le premier pays occidental à y envoyer un ambassadeur. Jusqu’ici, elle entretenait encore des relations diplomatiques avec les dirigeants de la République de Chine réfugiés à Taïwan. La décision française pousse la République de Chine à rompre ses liens diplomatiques avec la France.

1997

Lors d’une visite d’État en Chine, le président français Jacques Chirac signe avec son homologue chinois Jiang Zemin une déclaration conjointe établissant la création d’un partenariat global entre la France et la Chine. À travers celui-ci, les deux pays s’engagent à organiser chaque année au moins une « rencontre bilatérale de haut niveau », ainsi que deux rencontres par an entre les ministres des Affaires étrangères. Les deux pays inscrivent dans cette déclaration leur souhait d’approfondir leur coopération dans plusieurs domaines tels que la sécurité, le commerce, l’industrie et les échanges culturels. Ils s’engagent à prévenir la prolifération nucléaire, à lutter contre les trafics de drogue et à protéger l’environnement. En 2004, la relation franco-chinoise est élevée au rang de partenariat stratégique global, un cadre qui renforce les domaines de coopération et les échanges entre la France et la Chine.

2008

Les relations franco-chinoises se tendent en 2008, dans le contexte du conflit qui oppose le pouvoir central chinois au Tibet, une région autonome chinoise. En mars, des manifestations éclatent au Tibet pour réclamer plus d’autonomie et de respect de la culture tibétaine. Elles sont réprimées dans la violence par le pouvoir chinois. Le président français Nicolas Sarkozy annonce qu’il conditionne la participation de la France à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Pékin en août à la reprise du dialogue entre les autorités chinoises et le dalaï-lama, reconnu par les Tibétains de confession bouddhiste comme le plus haut chef spirituel. La discorde s’intensifie lorsque Nicolas Sarkozy, également président du Conseil de l’UE, rencontre en décembre le dalaï-lama lors d’un déplacement en Pologne. La Chine convoque alors l’ambassadeur de France pour exprimer sa « vive protestation ». Dans un communiqué publié en avril 2009, les gouvernements français et chinois réaffirment « leur attachement à l’importance primordiale de la relation franco-chinoise », entérinant leur réconciliation.

2018

L’entreprise française EDF et le groupe public chinois China General Nuclear Power annoncent en décembre 2018 la mise en service commerciale d’un réacteur nucléaire EPR, un réacteur nucléaire de troisième génération, dans la centrale de Taishan, dans le sud de la Chine. Il s’agit du premier EPR en état de produire de l’électricité dans le monde, alors que plusieurs chantiers sont en cours. Un deuxième réacteur EPR doit également entrer en service dans cette centrale fin 2019. Ils ont été vendus en 2007 à la Chine par l’entreprise française Areva (devenue Orano en 2018). La mise en service de ce réacteur marque une étape supplémentaire dans la coopération entre la France et la Chine dans le domaine du nucléaire, dont le premier accord remonte à 1982 et qui a abouti à plusieurs transferts de technologie. Le ministère français des Affaires étrangères estimait en 2010 que le parc de centrales nucléaires chinoises en construction reposait à 85 % sur la technologie française.


Les chiffres

30 milliards d’euros. La balance commerciale entre la France et la Chine, c’est-à-dire la différence entre le montant des exportations et des importations, était de 30 milliards d’euros en faveur de la Chine en 2017, selon un bilan publié en mai 2018 par les douanes françaises. Il s’agit du déficit commercial le plus important que la France entretient avec un pays étranger. Il représente à lui seul près de la moitié du total du déficit commercial français.

700 entreprises. Selon le ministère français des Affaires étrangères, 700 filiales d’entreprises chinoises et hongkongaises sont établies en France. Elles emploient environ 45 000 personnes. Les investissements chinois en France ont atteint 6 milliards d’euros en 2017. La France compte quant à elle plus de 1 100 filiales françaises en Chine, qui emploient 570 000 personnes.

2,1 millions de touristes. La France a accueilli 2,1 millions de touristes chinois en 2017, selon le ministère des Affaires étrangères. Le pays constitue ainsi la deuxième destination des touristes chinois à l’extérieur de l’Asie. Les Chinois représentent le deuxième contingent de touristes non européens visitant la France, derrière les Américains.