2 avril 2019

Tout s'explique

Démission annoncée d’Abdelaziz Bouteflika

Qu’a annoncé le président algérien ?

Un communiqué de la présidence algérienne a annoncé hier en fin d’après-midi qu’Abdelaziz Bouteflika démissionnerait avant le 28 avril, date de la fin de son mandat. Très affaibli depuis un accident vasculaire cérébral en 2013, Abdelaziz Bouteflika, 82 ans, est au pouvoir depuis 1999 et avait été réélu la dernière fois en 2014. Selon le communiqué, il prendra d’ici fin avril « d’importantes décisions » afin « d’assurer la continuité du fonctionnement des institutions de l’État » et une « période de transition » débutera au moment de sa démission. Dimanche soir, il a nommé un nouveau gouvernement dirigé par Noureddine Bedoui, Premier ministre depuis le 11 mars après avoir été ministre de l’Intérieur depuis 2015. En cas de démission du chef de l’État, la Constitution algérienne prévoit que le président du Conseil de la nation, l’équivalent du Sénat, assume son rôle pour 90 jours maximum et organise une élection présidentielle durant cette période.

Comment réagissent l’opposition et les manifestants ?

Pour Lakhdar Amokrane, premier secrétaire du parti d’opposition Jil Jadid, interrogé aujourd’hui par Franceinfo, l’annonce d’Abelaziz Bouteflika constitue une « autre manœuvre pour pérenniser le système » algérien, dans la mesure où aucune précision n’est donnée sur les dispositions qui seront prises une fois la démission effective du président. Mustapha Bouchachi, avocat et figure du mouvement de protestation, a déclaré aujourd’hui à Reuters que la décision d’Abdelaziz Bouteflika « ne changerait rien ». « Les manifestations pacifiques vont continuer », a-t-il ajouté. Dimanche, Karim Tabbou, ancien dirigeant du parti d’opposition Front des forces socialistes et autre figure de la contestation populaire, a déclaré au média Tout sur l’Algérie que le peuple voulait « un État de droit ».

Quels sont les événements qui ont mené à cette annonce de démission ?

L’Algérie connaît un important mouvement de contestation depuis l’annonce le 10 février de la candidature d’Abelaziz Bouteflika à l’élection présidentielle initialement prévue le 18 avril. Ce mouvement, qui a touché l’ensemble du pays, a rassemblé plusieurs centaines de milliers de personnes chaque vendredi, en plus d’autres manifestations ayant par exemple réuni des étudiants chaque mardi. Pour y répondre, Abdelaziz Bouteflika avait déjà annoncé le 11 mars qu’il renonçait à briguer un nouveau mandat, tout en annulant l’élection présidentielle, assurant qu’un autre scrutin serait organisé à l’issue d’une « conférence nationale ». Ces annonces n’avaient pas calmé les mobilisations. Le chef d’état-major de l’armée algérienne, Ahmed Gaïd Salah, a réclamé mardi dernier le déclenchement d’une procédure de destitution du chef de l’État par le Conseil constitutionnel.