5 avril 2019

Tout s'explique

Une commission pour étudier les archives de la France sur le Rwanda

À quoi doit servir la commission sur le Rwanda ?

Emmanuel Macron a annoncé aujourd’hui la création d’une commission de neuf chercheurs et historiens chargée d’étudier les archives françaises concernant le Rwanda durant la période 1990-1994. En 1994 s’est déroulé dans le pays un génocide touchant principalement la minorité tutsie. Le but est « d’analyser le rôle et l’engagement de la France durant cette période et de contribuer à une meilleure compréhension et connaissance du génocide des Tutsis ». Sa création correspond à un engagement pris par Emmanuel Macron auprès du président rwandais, Paul Kagame, en mai 2018. Les archives de la présidence sur la période 1990-1994 ont déjà été déclassifiées en 2015 par François Hollande, mais cette décision ne portait que sur 83 documents et plusieurs chercheurs ont souligné que les demandes d’accès étaient rarement accordées. La commission aura quant à elle accès, pour la première fois, aux archives des ministères concernés.

Comment s’est déroulé le génocide au Rwanda ?

Le génocide au Rwanda a débuté un peu moins d’un an après la signature du dernier des accords d’Arusha, en août 1993, visant à mettre fin à trois années de guerre civile et prévoyant le partage du pouvoir entre les communautés hutue et tutsie. Le 6 avril 1994, un attentat a conduit à la mort du président rwandais, Juvénal Habyarimana, dans un accident d’avion. Le lendemain, la Première ministre hutue modérée a été assassinée. Un gouvernement intérimaire, influencé par un mouvement extrémiste hutu, a alors pris le pouvoir et a encouragé les Hutus à massacrer les Tutsis, ainsi que les Hutus modérés. Pendant trois mois, le génocide a fait plus de 800 000 victimes, selon les Nations unies, qui avaient reconnu dès le mois de mai 1994 la situation de génocide.

Sur quoi se fondent les accusations contre la France ?

Vincent Duclert, l’historien chargé de diriger la commission créée par l’Élysée, a déclaré au Monde que celle-ci était nécessaire, car « de lourdes interrogations, imparfaitement documentées » pèsent « sur le rôle de la France au Rwanda avant et pendant le génocide des Tutsis ». Des soupçons pèsent en particulier sur l’opération Turquoise, présentée comme strictement humanitaire, lancée en juin 1994 par la France au Rwanda. En mai 1994, Jean-Hervé Bradol, chef de mission de Médecins sans frontières de retour du Rwanda, avait affirmé à la télévision : « Les gens qui massacrent aujourd’hui mettent en œuvre une politique systématique d’extermination. Ils sont financés, entraînés et armés par la France. » Plusieurs anciens militaires, dont Guillaume Ancel et Thierry Prungnaud, dénoncent le fait que la France ait laissé des Tutsis se faire massacrer et ait fourni des armes à des Hutus.