11 avril 2019

Tout s'explique

Destitution du président du Soudan

Que s’est-il passé au Soudan ?

Le ministre soudanais de la Défense, Awad Ahmed Benawf, a annoncé en début d’après-midi à la télévision d’État « la chute du régime » ainsi que « le placement en détention dans un lieu sûr de son chef », le président Omar el-Béchir. Il a précisé qu’un « conseil militaire de transition » était instauré pour deux ans. Il a décidé la fermeture des frontières et de l’espace aérien ainsi que l’instauration de l’état d’urgence et d’un couvre-feu pendant trois mois. Depuis samedi, des Soudanais sont massés jour et nuit devant le quartier général des Forces armées soudanaises à Khartoum, la capitale du pays, pour réclamer le départ d’Omar el-Béchir. Peu avant la destitution du président, le service de renseignement soudanais avait annoncé à l’agence de presse officielle Suna la libération des prisonniers politiques du pays.

Comment est née la contestation ?

Les manifestations ont commencé le 19 décembre lorsque le gouvernement a cessé de subventionner le pain, entraînant un triplement de son prix. Organisé par l’Association des professionnels soudanais (APS), qui regroupe des médecins, des ingénieurs et des enseignants, et par une coalition de partis d’opposition, le mouvement a rapidement exigé le départ du président, Omar el-Béchir, 75 ans, au pouvoir depuis un coup d’État en 1989. Interrogé aujourd’hui par RFI, le chercheur Marc Lavergne, spécialiste de la Corne de l’Afrique, estime qu’Omar el-Béchir a été « sacrifié pour sauver le régime » en place. Dans un communiqué, l’APS a appelé aujourd’hui les Soudanais à « rester dans la rue » et à « continuer leur sit-in devant le QG de l’armée et dans les grandes villes du pays » afin de ne pas laisser des « criminels de guerre » diriger seuls la période de transition.

Quel est le bilan d’Omar el-Béchir ?

En 1989, le colonel Omar el-Béchir a pris le pouvoir à la suite d’un coup d’État. Il a fait appliquer la charia, la loi islamique, y compris dans le sud, où les populations sont majoritairement chrétiennes. Il s’est autoproclamé président en 1993 avant de se faire élire à partir de 1996. La Cour pénale internationale a émis deux mandats d’arrêt contre lui, en 2009 et 2010, pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et génocide commis entre 2003 et 2008 dans le cadre de la guerre civile au Darfour. Dans un blog dédié au Soudan, le chercheur à l’université américaine de Harvard Eric Reeves expliquait en décembre que les manifestations « mettaient en lumière l’effondrement économique » du pays « depuis sept ans », soit depuis l’indépendance du Soudan du Sud où se trouvent l’essentiel des ressources pétrolières. L’an dernier, le pays a été confronté à une inflation qui a dépassé 60 %, selon le Fonds monétaire international, et a dû dévaluer à plusieurs reprises sa monnaie.