17 avril 2019

Tout s'explique

Élections générales en Indonésie

Qui l’élection présidentielle indonésienne opposait-elle ?

L’Indonésie organisait aujourd’hui des élections générales au cours desquelles les citoyens étaient appelés à élire leur président, son vice-président, les parlementaires ainsi que des représentants locaux. Les premières estimations de trois instituts de sondages publiées une heure après la fermeture des bureaux de vote donnent le président sortant, Joko Widodo, vainqueur avec près de 55 % des suffrages. Il était opposé à Prabowo Subianto, ancien commandant des forces spéciales indonésiennes, exclu de l’armée en 1998 pour son rôle dans l’enlèvement et la mort d’activistes prodémocratie. La précédente élection présidentielle, en 2014, avait déjà opposé les deux hommes, Joko Widodo obtenant alors son premier mandat. En Indonésie, seuls les partis ou coalitions représentant au minimum 20 % des sièges au Parlement ou ayant obtenu 25 % des suffrages aux précédentes élections législatives peuvent présenter un candidat.

Quel a été le poids de l’islam dans la campagne ?

Peuplée de près de 267 millions d’habitants d’après l’ONU, l’Indonésie compte 87 % de musulmans, selon le recensement de 2010. Prabowo Subianto a reçu le soutien de plusieurs mouvements islamistes, dont le Front des défenseurs de l’islam, un groupe de pression qui s’est fait connaître en s’en prenant aux bars ouverts pendant le ramadan, le mois du jeûne dans la religion musulmane. Joko Widodo a affirmé samedi lors d’un meeting à Jakarta, la capitale, que l’Indonésie était un pays « comprenant des gens de race, de religion et de culture différents ». Il a toutefois cherché à convaincre les musulmans conservateurs de voter pour lui en choisissant pour vice-président Ma’ruf Amin, un religieux conservateur. « L’agenda des islamistes s’est imposé à tout le monde [€], estime dans Le Monde Akhmad Salal, chercheur spécialisé dans les questions juridiques concernant l’islam et le judaïsme. Les deux candidats jouent à celui qui sera plus musulman que l’autre. »

Quel est le bilan de Joko Widodo ?

L’Indonésie connaît une croissance d’environ 5 % par an depuis 15 ans, selon le Fonds monétaire international. Joko Widodo avait cependant fixé pour objectif d’atteindre 7 % pour chacune des cinq années de son mandat. Alors que l’économie dépend fortement des matières premières, au premier rang desquelles le charbon et l’huile de palme, le président s’était engagé lors de son premier mandat à développer les infrastructures. Il a inauguré le 24 mars la première ligne de métro de son pays, à Jakarta. Il avait également affirmé son engagement en faveur des droits de l’homme. L’ONG Human Rights Watch estime sur son site internet que cette promesse n’a pas donné lieu à des politiques « significatives ». « Les minorités religieuses subissent du harcèlement, des intimidations et des violences de la part des militants sunnites, des fonctionnaires et des forces de sécurité », écrit l’organisation.