24 avril 2019

Tout s'explique

Un référendum prolonge le mandat du président égyptien

Que prévoit le changement constitutionnel en Égypte ?

L’autorité égyptienne en charge des élections a annoncé hier soir que le projet de réforme de la Constitution avait été approuvé à 88,83 % à l’issue d’un référendum organisé de samedi à lundi. 44,3 % des 61 millions d’inscrits ont participé au vote. Le texte fait passer la durée du mandat présidentiel de quatre à six ans. Abdel Fattah al-Sissi, président depuis 2014 et réélu en 2018 pourra en bénéficier dès ce mandat. La Constitution limite le nombre de mandats à deux, mais les députés ont autorisé la semaine dernière le chef de l’État à se présenter une nouvelle fois en 2024. D’autres amendements à la Constitution inclus dans le projet de réforme confèrent au président de nouvelles prérogatives en matière de nomination des juges et des procureurs et affirment le rôle central de l’armée. Le texte prévoit également un quota de 25 % de femmes à l’Assemblée.

Dans quelles conditions s’est déroulé le vote ?

« Le référendum s’est déroulé dans un environnement tellement injuste et non libre que ses résultats ne peuvent prétendre à une quelconque légitimité », a dénoncé Michael Page, directeur adjoint pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient de l’ONG de défense des droits humains Human Rights Watch. L’opposition n’a pas pu faire entendre sa position dans les médias et plusieurs de ses sites ont été bloqués par les autorités. Plusieurs médias, dont Le Monde et le New York Times, ont recueilli des témoignages d’Égyptiens expliquant avoir reçu des colis alimentaires en échange de leur vote au référendum. Le quotidien britannique The Guardian dit avoir visionné des vidéos montrant des membres des forces de sécurité en civil contraindre des habitants à aller voter.

Quel est le bilan d’Abdel Fattah al-Sissi ?

Le général Al-Sissi est arrivé au pouvoir en juillet 2013 en destituant le président égyptien Mohamed Morsi, dont il était le ministre de la Défense. Il a promis de ramener la stabilité en Égypte. En ce qui concerne l’économie, il a obtenu en 2016 un plan de soutien de 12 milliards de dollars de la part du Fonds monétaire international (FMI). En janvier, la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, a estimé que l’Égypte avait fait « des progrès substantiels pour parvenir à une stabilisation macroéconomique » en réduisant son déficit budgétaire et en luttant contre l’inflation. En revanche, sur le plan des droits humains, la situation « s’est détériorée de manière catastrophique » depuis 2014, estime Magdalena Mughrabi, directrice adjointe pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient de l’ONG Amnesty International, qui dénonce des cas de torture et de disparition d’opposants.