7 mai 2019

Tout s'explique

La Birmanie libère deux journalistes ayant enquêté sur les Rohingyas

Qu’ont décidé les autorités birmanes ?

Le président birman Win Myint a amnistié deux journalistes birmans de l’agence de presse britannique Reuters, Wa Lone et Kyaw Soe Oo, qui ont été libérés après avoir passé plus de 500 jours en prison. Ils ont bénéficié d’une vague d’amnisties concernant plus de 6 500 prisonniers intervenant après le Nouvel An birman, le 17 avril. Les deux journalistes avaient été arrêtés en décembre 2017 alors qu’ils enquêtaient sur le massacre de 10 membres de la minorité musulmane des Rohingyas lors d’une opération de l’armée trois mois plus tôt. Ils avaient été condamnés en septembre 2018 à sept ans de prison pour violation de la loi sur les secrets d’État parce qu’ils avaient récupéré des documents sur le massacre auprès de policiers.

Qu’ont-ils révélé ?

Les deux journalistes ont documenté le massacre en septembre 2017 de 10 Rohingyas dans le village d’Inn Din dans l’État de Rakhine, dans l’ouest de la Birmanie, révélant des témoignages de participants, dont des villageois bouddhistes, et d’autres incriminant l’armée birmane. Leur travail a été primé le mois dernier par le prix Pulitzer, une récompense américaine dans le domaine du journalisme. Après avoir nié le massacre, l’armée birmane a reconnu son implication en janvier 2018 en qualifiant les 10 Rohingyas tués de terroristes. Depuis août 2017, près de 900 000 Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh pour fuir les violences perpétrées par les forces de sécurité birmanes, selon l’ONU. Une commission d’enquête de l’ONU a publié en août 2018 un rapport accusant l’armée birmane d’être responsable d’un génocide contre les Rohingyas.

Que deviennent les Rohingyas qui ont fui la Birmanie ?

L’ONU estime à 1,2 million de personnes, dont 540 000 enfants de moins de 12 ans, le nombre total de réfugiés rohingyas au Bangladesh, plusieurs centaines de milliers ayant fui la Birmanie avant les exactions de 2017. Ils sont rassemblés dans des camps surpeuplés dans la région de Cox’s Bazar, dans le sud-est du Bangladesh. Depuis 2015, le gouvernement bangladais souhaite relocaliser les réfugiés sur l’île marécageuse de Bhasan Char, située à deux heures de bateau de ses côtes, en attendant de pouvoir les renvoyer dans leur pays. Le projet a été critiqué par l’ONU qui rappelle que l’île est submergée pendant la mousson, entre juin et septembre. « Tout déplacement doit se faire sur la base du volontariat » et « garantir des conditions de vie sécurisées et durables » aux réfugiés, a déclaré en mars le bureau de l’ONU au Bangladesh.