9 mai 2019

Tout s'explique

Tensions autour de l’accord sur le nucléaire iranien

Qu’a décidé l’Iran ?

Le Conseil suprême de sécurité nationale de l’Iran a annoncé hier que le pays renonçait à respecter deux clauses de l’accord international sur le nucléaire. Depuis hier, l’Iran ne limite plus ses réserves d’uranium faiblement enrichi et d’eau lourde, deux matériaux à usage civil. Selon le président iranien, Hassan Rohani, ces mesures sont conformes à l’accord qui prévoit que certains engagements peuvent être suspendus en cas de manquement d’un des signataires. Or, les pays européens signataires de l’accord, soit l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni, n’ont « rempli aucune de leurs obligations » après que les États-Unis se sont retirés de l’accord et ont rétabli des sanctions contre l’Iran, selon le ministre iranien des Affaires étrangères. L’Iran a donné hier 60 jours aux pays signataires pour qu’ils trouvent les moyens d’alléger les effets des sanctions dans les secteurs pétrolier et bancaire. Dans le cas contraire, l’Iran renoncerait à respecter d’autres engagements.

Comment ont réagi les pays signataires de l’accord ?

En 2015, l’Iran avait signé avec l’Union européenne et l’Allemagne, la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie un accord par lequel il s’engageait à limiter son programme d’enrichissement nucléaire pour bénéficier en contrepartie d’un allègement des sanctions économiques le visant depuis les années 1980. En mai 2018, les États-Unis se sont retirés de cet accord et ont pris depuis plusieurs mesures de rétorsion contre le régime iranien. Hier soir, ils ont réagi en renforçant encore les sanctions économiques, ajoutant les métaux industriels tels que l’aluminium et le cuivre aux secteurs visés par des mesures punitives. L’UE et les trois pays européens signataires de l’accord ont déclaré aujourd’hui dans un communiqué qu’ils rejetaient « tout ultimatum ». La Chine a estimé que « maintenir et appliquer l’accord » était « de la responsabilité de toutes les parties ». La Russie est la seule à avoir condamné les « pressions irréfléchies et arbitraires » qui pèsent sur l’Iran.

Où en est le mécanisme européen visant à contourner les sanctions ?

Dans leur communiqué, les Européens ont affirmé être « déterminés à poursuivre » leurs efforts « pour permettre la poursuite du commerce légitime avec l’Iran, notamment par la mise en service » d’Instex. Cette société, qui a été créée en janvier à l’initiative de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, doit permettre d’éviter les flux financiers entre l’Iran et l’Europe. Elle fonctionnera comme une chambre de compensation afin de contourner les sanctions américaines qui interdisent aux entreprises de réaliser des transactions en dollars et de passer par des banques iraniennes. Interrogé par France Inter, François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran (2001-2005), a estimé que ce dispositif prendrait « plusieurs années » pour fonctionner réellement, alors que l’Iran est dès à présent « en très grandes difficultés » et que « sa population souffre énormément ».