11 mai 2019

On revient au début

La défense de la biodiversité

L’IPBES, un organisme intergouvernemental indépendant créé sous l’égide de l’ONU et rassemblant plus de 130 États membres, a publié mardi un rapport selon lequel environ un million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction au cours des prochaines décennies.


Le concept

La biodiversité, contraction de « diversité biologique », est une expression qui désigne l’ensemble du monde vivant, aussi bien animal que végétal. Chaque région du monde est peuplée par des espèces qui lui sont propres et qui permettent à la nature de garder son équilibre. La disparition d’une espèce peut entraîner par réaction en chaîne la disparition d’autres espèces, dont certaines susceptibles d’être utiles à l’être humain, par exemple dans le domaine agricole ou médical. L’appropriation des mers et des terres, notamment par la déforestation, est identifiée par le rapport de l’IPBES comme la menace la plus importante pour la biodiversité : les trois quarts de l’environnement terrestre et les deux tiers du milieu marin ont été significativement modifiés par l’action humaine. Les autres causes les plus graves sont la surexploitation des ressources naturelles, le changement climatique, les pollutions (plastique et pesticides) et les espèces envahissantes, disséminées par les êtres humains.


Les dates clés

1861

La première réserve naturelle au monde est créée en 1861 dans la forêt de Fontainebleau, en région parisienne, à la demande d’un groupe de peintres. En 1864, le Congrès américain sanctuarise la vallée de Yosemite, prélude du programme des parcs nationaux aux États-Unis. Le sénateur qui porte la proposition de loi, John Conness, défend son initiative en évoquant, au Sénat, les séquoias géants du parc, des arbres « qui, sans doute, n’ont aucun équivalent sur Terre ». « Il s’agit des premières initiatives d’importance qui ont permis de protéger des zones et des espèces, même si à l’époque les motivations sont le plus souvent esthétiques », explique Joan Van Baaren, professeure à l’université Rennes-I et spécialiste des conséquences du changement climatique sur la biodiversité.

1986

Le terme « biodiversité » est inventé en 1986 par le biologiste américain Walter Rosen à l’occasion d’une conférence scientifique. Ce terme apparaît alors qu’une nouvelle discipline scientifique se développe : la biologie de la conservation. Le biologiste américain Michael Soulé organise une conférence internationale sur le sujet dès 1978, à San Diego (États-Unis). Orientée vers la pratique, cette discipline s’appuie sur différents champs de recherche liés à l’écologie. Elle s’intéresse par exemple aux techniques de réintroduction d’espèces ou à celles favorisant une agriculture respectueuse de l’environnement. « Son objectif, ce n’est pas de connaître, c’est de restaurer », précise Joan Van Baaren.

2010

La 10e édition de la COP pour la biodiversité, une réunion organisée tous les deux ans pour faire évoluer la Convention sur la diversité biologique, se tient à Nagoya, au Japon, en 2010. Conclu en 1992, ce traité, qui n’a pas été ratifié par les États-Unis, réunit aujourd’hui 193 pays. La réunion aboutit à la mise en place des « objectifs d’Aichi ». Ce plan d’action sur 10 ans fixe des trajectoires précises, comme la protection d’au moins « 17 % des zones terrestres », des lacs et des fleuves et « 10 % des zones marines et côtières » ou la gestion « d’une manière durable » des zones « consacrées à l’agriculture, l’aquaculture et la sylviculture ». Dès 2016, le secrétariat de la Convention sur la diversité biologique reconnaît que les progrès effectués « ne suffiront pas » à réaliser les objectifs « dans la plupart des cas ».

2018

Cinq pesticides de la famille des néonicotinoïdes sont interdits d’utilisation en France le 1er septembre 2018. Ces insecticides qui agissent sur le système nerveux sont utilisés pour débarrasser les cultures des chenilles, cochenilles et autres pucerons. Plusieurs études pointent leur danger pour les abeilles, dont le rôle est primordial pour la pollinisation d’un grand nombre d’espèces végétales. Selon l’Union nationale de l’apiculture française, un syndicat professionnel, 30 % des ruches périssent chaque année en France au terme de l’hibernation, alors que cette mortalité avoisinait les 5 % avant 1995. En 2015, le gouvernement a fixé comme objectif une baisse de 25 % de l’utilisation des produits phytosanitaires en 2020 par rapport à 2015 et de 50 % en 2025. Après une baisse en 2016 (-2,2 %), la consommation est repartie à la hausse en 2017 (+0,3 %).


Le mot

Certains scientifiques parlent d’une sixième extinction de masse des espèces en cours, à l’image de trois chercheurs de Stanford dans une étude publiée en juillet dernier. L’extinction de masse désigne un événement qui peut s’étaler sur quelques millions d’années, détruisant à chaque fois un grand nombre d’espèces vivantes. La dernière en date, la cinquième, est celle qui a coûté la vie aux dinosaures il y a 65 millions d’années. « L’ampleur des différentes extinctions de masse a varié : elles ont pu décimer entre 30 % et 95 % des espèces existantes. Mais il est difficile de donner des chiffres précis, car le nombre d’espèces est immense, elles ne sont pas toutes connues et tous les scientifiques ne comptent pas les espèces de la même manière », explique Joan Van Baaren. L’extinction en cours est causée par les activités humaines, alors que les précédentes étaient dues à des phénomènes naturels.