3 juin 2019

Tout s'explique

Élection présidentielle reportée en Algérie

Qu’a annoncé le Conseil constitutionnel algérien ?

Le Conseil constitutionnel algérien a constaté hier « l’impossibilité de tenir l’élection du président de la République le 4 juillet 2019 ». Cette décision intervient après le rejet par cette instance des deux seules candidatures, déposées par deux novices en politique. Aucun des grands partis algériens n’avait présenté de candidat. C’est la deuxième fois que ce scrutin est repoussé. En mars, à la suite d’une forte mobilisation populaire, Abdelaziz Bouteflika, alors président, avait renoncé au vote prévu le 17 avril pour lequel il était candidat à un cinquième mandat. Le chef de l’État avait démissionné le 2 avril à la suite d’une demande du chef d’état-major, le général Gaïd Salah. Le président de la chambre haute du Parlement algérien, Abdelkader Bensalah, assume aujourd’hui les fonctions de président par intérim.

Que prévoit la Constitution pour la suite ?

Selon la Constitution, le président intérimaire assume la charge de chef de l’État pendant 90 jours maximum, avant de transmettre ses pouvoirs. Cette période de 90 jours s’achève le 8 juillet et le texte ne prévoit pas de voie alternative, mais le Conseil constitutionnel a demandé au président par intérim de « convoquer de nouveau le corps électoral » et de rester en poste jusqu’à ce qu’un nouveau président prête serment. « Aujourd’hui, le problème c’est que les institutions dans leur forme, leur fonctionnement et leur composition actuelle, sont décrédibilisées, dévitalisées et rejetées massivement par les Algériens, explique à RFI Mouloud Boumghar, professeur de droit public à l’université de Picardie-Jules-Verne et spécialiste de l’Algérie. C’est cela que le haut commandement militaire, qui est aussi visé par la mobilisation populaire, n’accepte pas, parce que tout simplement il risque d’être emporté par la vague. »

Comment a évolué la mobilisation populaire ?

Des manifestations réunissant des dizaines de milliers de personnes continuent de se tenir tous les vendredis en Algérie. Vendredi dernier, d’importants rassemblements ont eu lieu à Alger, Oran, Constantine et Annaba, les quatre plus grandes villes du pays. L’agence de presse officielle APS a recensé des manifestations dans 32 des 48 régions du pays. Les pancartes et les slogans réclament le départ des responsables déjà en place du temps d’Abdelaziz Bouteflika, dont font partie le président par intérim et le chef d’état-major, qualifiés de « gang ». De nombreux manifestants voient ce départ comme un préalable à l’organisation d’une élection présidentielle, pour garantir une transition démocratique équitable. La mort mardi en détention, à la suite d’une grève de la faim, du militant des droits de l’homme Kamel Eddine Fekhar a également fait grandir les demandes de libération des prisonniers politiques.