8 juin 2019

On revient au début

Les évolutions de la droite en France

Laurent Wauquiez a annoncé dimanche soir sa démission de la présidence du parti Les Républicains, après le score de 8,5 % obtenu par la liste conduite par François-Xavier Bellamy aux élections européennes. En janvier, en présentant la composition de la liste, Laurent Wauquiez avait dit vouloir « envoyer un message très fort de rassemblement de toute la droite et de ses sensibilités ». La droite française est traditionnellement composée de divers courants.


À l’origine

La droite se structure au cours du XIXe siècle autour de trois courants, selon l’analyse de l’historien René Rémond dans son livre « Les Droites en France », paru en 1954. Les légitimistes rejettent la Révolution française et défendent la tradition catholique et la monarchie absolue. Les bonapartistes sont partisans d’un État fort et d’un chef autoritaire, qui protège la souveraineté nationale et marie ordre et progrès. Les orléanistes plaident pour une monarchie parlementaire et sont libéraux et réformistes. Ces trois courants s’opposent tous à la République, que défend la gauche. « Ces clivages reflètent surtout un rapport aux institutions, explique à Brief.me Arnaud Teyssier, historien et président du Conseil scientifique de la Fondation Charles-de-Gaulle. Les orléanistes croient en l’importance du Parlement, tandis que les bonapartistes sont favorables à un lien direct entre le peuple et le chef, par le biais du référendum par exemple. »


Les dates clés

1965

Dans une interview à la télévision en 1965, le général de Gaulle, président de la République de 1958 à 1969, refuse de se dire de droite ou de gauche, considérant que « le régime des partis, c’est la pagaille ». Il ajoute : « Le fait que les partisans de droite et les partisans de gauche déclarent que j’appartiens à l’autre côté » prouve que « je ne suis pas d’un côté, je ne suis pas de l’autre, je suis pour la France ». Charles de Gaulle n’accordera jamais son parrainage officiel à un parti, mais les majorités présidentielles qui le soutiennent à l’Assemblée sont essentiellement de droite et de centre droit. Le Rassemblement pour la République (RPR), créé en 1976 par Jacques Chirac et qui restera jusqu’à sa disparition en 2002 le principal parti de droite en France, affiche sur ses logos successifs la croix de Lorraine, symbole du Général.

1978

Jacques Chirac publie le 6 décembre 1978 l’appel de Cochin, en prévision des élections européennes de 1979. Il y dénonce la politique européenne du président de centre droit Valéry Giscard d’Estaing en l’accusant de vouloir soumettre la France aux intérêts étrangers. Deux ans après la démission de Jacques Chirac du poste de Premier ministre, ce texte souligne les divergences entre la droite et le centre droit sur l’Europe. Jacques Chirac défend une Union qui serait une alliance de souverainetés, dans la lignée de la vision de De Gaulle, alors que Valéry Giscard d’Estaing est favorable à un modèle plus intégré. Les deux camps continuent à former la majorité présidentielle à l’Assemblée, mais le RPR refuse de voter plusieurs textes, obligeant le gouvernement de Raymond Barre à utiliser huit fois le 49.3, une disposition de la Constitution qui permet de faire passer un projet de loi sans vote du Parlement, sauf si une motion de censure est adoptée.

2002

Le 23 avril 2002, deux jours après le premier tour de l’élection présidentielle à l’issue duquel Jean-Marie Le Pen qualifie pour la première fois l’extrême droite au second tour, le RPR, Démocratie libérale et plusieurs composantes de l’UDF (centre droit) décident de fusionner au sein de l’Union pour la majorité présidentielle (UMP) afin de rassembler toutes les tendances de la droite et du centre. En novembre, le parti est renommé Union pour un mouvement populaire. Le président de l’UDF, François Bayrou, décide de rester à l’écart de ce nouveau mouvement pour faire vivre un centre indépendant. Alain Juppé est élu premier président de l’UMP en novembre avec 79 % des voix, devant Nicolas Dupont-Aignan, défenseur d’une ligne souverainiste, qui obtient 15 % des suffrages. Ce dernier quitte le parti en 2007 pour monter sa propre structure. Plusieurs responsables centristes quittent à leur tour l’UMP en 2012 pour former l’Union des démocrates et indépendants (UDI).

2016

Pour la première fois, une primaire ouverte aux candidats de droite et du centre est organisée en novembre 2016 pour désigner un candidat unique à l’élection présidentielle de 2017. Les programmes des sept candidats qui s’affrontent prévoient de réduire les dépenses publiques et de diminuer le nombre de fonctionnaires, mais dans des volumes différents. Les principales divergences portent sur la laïcité, l’immigration et les questions de société, comme l’avortement ou la procréation médicalement assistée (PMA). François Fillon, conservateur sur les questions de société, l’emporte au second tour face à Alain Juppé, plus libéral sur ces sujets. Regrettant qu’un leader ne se soit pas imposé naturellement, François Baroin, qui dirige alors la campagne du parti Les Républicains pour les législatives, estime en 2017 dans une interview à Paris Match que la primaire a « tué » Les Républicains.


L’analyse

Les relations avec l’extrême droite. Après l’élection de 35 députés du Front national aux élections législatives de 1986, qui constitue la première percée électorale du parti d’extrême droite au niveau national, les dirigeants des principaux partis de droite décident d’exclure toute possibilité d’alliance avec le FN. Michel Noir, alors ministre, déclare à ce sujet : « Mieux vaut perdre les élections que perdre son âme. » En 1998, après les élections régionales, plusieurs candidats de droite s’allient cependant avec le FN pour se faire élire président de région. Le RPR et l’UDF excluent de leurs partis les présidents de région élus avec l’appui du FN. Après 2002 et la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le second tour de l’élection présidentielle, la droite opte pour une stratégie de « front républicain » consistant à privilégier un candidat de gauche face à un candidat du FN. À partir de 2011, l’UMP adopte la stratégie dite du « ni ni » : les électeurs sont invités à ne reporter leur voix ni sur le FN, ni sur un candidat de gauche.