13 juin 2019

Tout s’explique

Manifestations et affrontements à Hong Kong

Quelle est la situation à Hong Kong ?

Des milliers de Hongkongais se sont rassemblés aujourd’hui aux abords du Conseil législatif, l’équivalent du Parlement, après une journée de forte mobilisation hier, marquée par des affrontements avec les forces de l’ordre. Plus de 70 personnes ont été blessées, notamment par des balles en caoutchouc, selon les services de santé cités par le média local RTHK. Les manifestants protestent contre un projet de loi visant à faciliter l’extradition de personnes vers tout pays avec lequel Hong Kong n’a pas conclu d’accord, ainsi que vers la Chine continentale. L’examen de ce texte devait débuter hier, mais le Conseil législatif a annoncé un report des débats, sans fixer de date. L’organisation Civil Human Rights Front, à l’origine de la contestation, a demandé aujourd’hui à la population de « maintenir la pression » afin d’obtenir l’abandon du projet de loi.

Pourquoi des Hongkongais s’opposent-ils à ce texte ?

Les Hongkongais mobilisés protestent contre le fait que des citoyens puissent être extradés vers la Chine continentale. Dans un entretien à Franceinfo, le sinologue Jean-Philippe Béja, directeur de recherche au CNRS, explique qu’un « certain nombre d’actions sont considérées comme des crimes sur le territoire de la Chine populaire, mais pas du tout à Hong Kong ». Il cite comme exemple « la critique de la dictature du Parti communiste », autorisée à Hong Kong. Si le projet de loi est adopté, un citoyen hongkongais ou chinois ayant émis une telle critique en Chine continentale sera susceptible d’être « extradé vers la Chine et éventuellement condamné pour subversion ». Tara Joseph, présidente de la Chambre de commerce américaine à Hong Kong, estime que ce projet de loi peut « porter atteinte à la compétitivité » de Hong Kong. Selon elle, « si les investisseurs ne font plus confiance à Hong Kong en tant que juridiction légale indépendante, les affaires en pâtiront ».

Quels sont les liens entre Hong Kong et la Chine ?

Auparavant colonie britannique, Hong Kong est redevenu un territoire chinois en 1997. Selon le principe « un pays, deux systèmes » validé lors de la rétrocession, Hong Kong doit conserver jusqu’en 2047 le statut de « région administrative spéciale ». Il dispose ainsi de systèmes politique, législatif, économique et financier différents de ceux de la Chine. En 2014, de nombreuses manifestations ont été organisées pour contester la dépendance croissante de l’exécutif hongkongais vis-à-vis de Pékin et réclamer davantage d’autonomie. Dans un article publié dans une revue scientifique en 2018, les sinologues Jean-Pierre Cabestan et Éric Florence soulignaient « l’intégration économique » progressive de Hong Kong à la Chine et les profondes transformations sociales du territoire, liée à l’installation de plus d’un million de Chinois depuis 1997. Ils précisaient que « ce flux continu de Continentaux », souvent fortunés, avait « fait augmenter les prix de l’immobilier, aggravant des inégalités sociales déjà choquantes ».