24 juin 2019

Tout s'explique

Victoire de l’opposition à la mairie d’Istanbul

Quel est le résultat du nouveau scrutin municipal à Istanbul ?

10,6 millions d’électeurs stambouliotes étaient appelés à voter de nouveau hier pour élire le maire d’Istanbul, après l’annulation du scrutin du 31 mars par le Haut Conseil électoral turc. Ekrem Imamoglu, candidat du parti social-démocrate CHP, a été élu avec 54,2 % des suffrages contre 45 % pour Binali Yildirim, candidat du parti conservateur AKP, dirigé par le président turc, Recep Tayyip Erdogan. Ekrem Imamoglu l’emporte avec une marge supplémentaire par rapport au précédent scrutin face à son adversaire principal : 846 000 voix d’avance au lieu de 13 000. L’AKP avait saisi début avril le Haut Conseil électoral pour des « irrégularités ». L’AKP dirigeait Instanbul depuis 2004.

Quels autres revers l’AKP connaît-il ?

Outre Istanbul, l’AKP avait déjà perdu fin mars la mairie d’Ankara, la capitale du pays, ainsi qu’une quinzaine d’autres grandes villes. Si l’AKP est arrivé en tête de toutes les élections depuis sa création en 2001, ces municipales prolongent un recul entamé avec les élections législatives de 2015. L’AKP avait alors pour la première fois perdu sa majorité absolue et été contraint de former une coalition avec le parti nationaliste MHP pour gouverner. Les critiques se multiplient désormais au sein de l’AKP. En avril, Ahmet Davutoglu, ancien Premier ministre de 2014 à 2016, contraint à la démission, et ancien dirigeant de l’AKP, a publié un manifeste dans lequel il affirme que le parti a fait passer le pays « d’une position visionnaire et progressiste à une position réactionnaire et défensive ».

Quelle est la place de l’opposition en Turquie ?

Le CHP est le principal parti d’opposition en Turquie. Lors des municipales fin mars, il a remporté 34,5 % des voix, contre 51,7 % pour l’AKP. L’année dernière, il avait noué une alliance avec trois autres partis – Bon parti (droite), le Parti de la félicité (islamiste) et le Parti démocrate (centre droit) – pour tenter de faire barrage à Recep Tayyip Erdogan lors des élections législatives et présidentielle anticipées de juin. En février, 10 ONG ont demandé aux autorités de mettre « fin à la campagne d’intimidation et de harcèlement judiciaire des militants de la société civile ». Le procès de 16 personnes soupçonnées d’avoir tenté de « renverser le gouvernement » et impliquées lors d’un mouvement de contestation en 2013 s’est ouvert aujourd’hui. Jeudi dernier, la justice a condamné 151 personnes à des peines de prison à vie pour le putsch manqué d’août 2016, qui a donné lieu à au moins 160 000 limogeages parmi les fonctionnaires, selon des listes publiées par le gouvernement turc.