29 juin 2019

On revient au début

Le processus de paix israélo-palestinien

Jared Kushner, conseiller et gendre du président des États-Unis, Donald Trump, a présenté mardi à Bahreïn un projet de 50 milliards de dollars d’investissements sur 10 ans pour les Palestiniens, censé faciliter un accord de paix avec Israël. Depuis la création de l’État d’Israël en 1948, les tentatives pour promouvoir la paix entre Israéliens et Palestiniens, principalement menées par les États-Unis, ont échoué.


À l’origine

Territoire de l’Empire ottoman, la Palestine est occupée par le Royaume-Uni à partir de 1917. Le ministre des Affaires étrangères britannique James Balfour promet alors à la communauté juive et sioniste britannique que le gouvernement « envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour les juifs ». Faisant face à une immigration juive et à une résistance arabe de plus en plus importantes, menant à des actions violentes des deux côtés, le Royaume-Uni se tourne en 1947 vers l’ONU pour régler le problème du partage du territoire. L’ONU adopte la même année un plan prévoyant la création sur le territoire palestinien d’un État juif et d’un État arabe, soit une « solution à deux États ». Israël est créé le 14 mai 1948. Le lendemain éclate la première guerre israélo-arabe : les Palestiniens, l’Égypte, la Jordanie, l’Irak, le Liban et la Syrie s’affrontent avec Israël, qui remporte l’année suivante le conflit et annexe une partie du territoire initialement prévu par le plan comme revenant au projet d’État arabe.


Les dates clés

1988

Yasser Arafat, dirigeant de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) créée en 1964 dans le but de libérer l’ensemble du territoire palestinien, proclame en novembre 1988 l’indépendance de l’État de Palestine, avec Jérusalem pour capitale. Il prononce son discours devant le Conseil national palestinien, le Parlement de l’OLP en exil à Alger. Ce dernier reconnaît également deux résolutions des Nations unies demandant le retrait israélien des territoires occupés depuis 1967. À l’issue de la guerre des Six Jours (5 au 10 juin 1967), Israël avait alors conquis le Sinaï, le plateau du Golan, la bande de Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. En demandant ce retrait, « l’OLP reconnaît implicitement qu’il y en face l’État d’Israël », explique à Brief.me Élisabeth Marteu, spécialiste du conflit israélo-palestinien et chercheuse associée à l’Institut international d’études stratégiques, un institut de recherche britannique. En décembre 1988, Yasser Arafat prononce un discours devant l’Assemblée générale de l’ONU dans lequel il réitère l’indépendance de la Palestine. 82 pays reconnaissent la Palestine à la fin 1988. Ils sont 137 aujourd’hui.

1993

Sous l’impulsion du président américain Bill Clinton, Yasser Arafat et Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien, signent en septembre 1993 le premier accord d’Oslo et se serrent la main, donnant lieu à une image iconique. Yasser Arafat accepte le droit d’Israël à une existence en paix, tandis que le gouvernement israélien reconnaît le droit des Palestiniens à disposer d’un gouvernement, baptisé Autorité nationale palestinienne, ayant le pouvoir dans la bande de Gaza et la Cisjordanie, d’un président et d’une assemblée élus au suffrage universel direct. Cet accord porte le nom de la capitale norvégienne, car Israël et l’OLP y ont engagé des pourparlers secrets l’année précédente. La déclaration met fin à la première « Intifada », terme arabe qui signifie « soulèvement », déclenchée en 1987 lorsque des Palestiniens ont contesté l’occupation israélienne, donnant lieu à des violences de la part des deux camps et entraînant la mort de 1 162 Palestiniens et de 160 Israéliens, selon l’organisation de défense des droits de l’Homme israélienne B’Tselem.

2003

Les États-Unis, l’Union européenne, la Russie et les Nations unies, un groupe baptisé « Quartet », transmettent en avril 2003 une « feuille de route » au gouvernement israélien et à l’Autorité nationale palestinienne pour mettre fin au conflit israélo-palestinien d’ici 2005. Le document est accepté par le Premier ministre palestinien Mahmoud Abbas et par son homologue israélien Ariel Sharon, avec quelques réserves, en présence du président américain George W. Bush. Cette feuille de route décrit les moyens et le calendrier pour instaurer une « solution à deux États ». La première phase réclame que « les Palestiniens mettent un terme immédiat et inconditionnel à la violence » et qu’Israël prenne « toutes les dispositions nécessaires pour contribuer à la normalisation de la vie des Palestiniens » et « se retire des zones palestiniennes occupées » depuis 2000. Les discussions patinent toutefois et la démission de Mahmoud Abbas en septembre, confronté à la résistance de groupes militants palestiniens, met fin à ce plan de paix.

2013

Le secrétaire d’État américain John Kerry, l’équivalent du ministre des Affaires étrangères, s’engage en juillet 2013 à relancer les négociations pour résoudre le conflit israélo-palestinien. De nombreux points de blocage persistent néanmoins entre Israéliens et Palestiniens, en particulier l’implantation de colonies dans une partie du territoire palestinien ou le droit au retour des Palestiniens – beaucoup ont été expulsés ou ont fui en 1948. Israël suspend finalement les négociations le 24 avril 2014, au lendemain de la signature d’un accord de réconciliation entre l’OLP et le Hamas, l’organisation politique et militaire qui contrôle la bande de Gaza depuis 2007, considérée comme terroriste par Israël, les États-Unis et l’UE. En 2016, John Kerry revient dans un discours sur l’échec de sa tentative en déclarant que « quiconque réfléchissant sérieusement à la paix ne peut ignorer la réalité de la menace des colonies sur celle-ci ». Entre 2012 et 2013, le nombre de logements israéliens en chantier dans les territoires palestiniens a plus que doublé, selon le Bureau central des statistiques israélien.


L’analyse

« L’intérêt des États-Unis pour Israël s’est affirmé à partir des années 1970, parce qu’ils étaient très impliqués au Proche-Orient et qu’ils cherchaient à stabiliser cette zone en se trouvant un allié politique et économique », explique à Brief.me Élisabeth Morteu. « Il leur importait d’abord de pacifier les relations d’Israël avec ses partenaires arabes, puis ils se sont impliqués dans le processus de paix israélo-palestinien, supplantant les efforts principalement entrepris jusqu’ici par les Européens », ajoute-t-elle. Les efforts américains échouent toutefois, parce qu’il n’y a « pas de volonté politique » chez les parties concernées : « Mahmoud Abbas n’est plus du tout dans une posture de compromis et la vie politique israélienne s’est droitisée sous l’impulsion de Benjamin Netanyahu », décrit-elle. L’engagement des États-Unis dans le processus de paix israélo-palestinien a complètement changé avec le président Donald Trump. « Il ne s’agit plus du tout de médiation. Il ne consulte plus les Palestiniens et ses gestes comme la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël ont tout fait pour les braquer. »