13 juillet 2019

On revient au début

Du panafricanisme à l’Union africaine

Les dirigeants de 54 des 55 pays membres de l’Union africaine, qui rassemble les États du continent, ont lancé dimanche dernier à Niamey, au Niger, la « phase opérationnelle » de la Zone de libre-échange continentale africaine, qui doit supprimer les droits de douane entre les pays participants. Depuis leur indépendance dans les années 1950 et 1960, les pays africains ont cherché, à travers plusieurs organisations, à promouvoir leur rapprochement politique et économique.


À l’origine

La majorité des pays africains colonisés par des puissances européennes accèdent à l’indépendance dans les années 1950 et 1960. Dans ce contexte, plusieurs États veulent organiser des unions politiques. L’un des dirigeants les plus impliqués est Kwame Nkrumah, l’une des figures de l’indépendance du Ghana en 1957 et du mouvement panafricain, qui promeut le rapprochement culturel et politique du continent africain, voire la création des « États-Unis d’Afrique ». Premier ministre (1957-1960), puis président du Ghana (1960-1966), il met en œuvre une union avec la Guinée en 1958, qui s’élargit au Mali. D’inspiration marxiste, elle prend fin en 1962, lorsque le Ghana se rapproche des États-Unis. Le pays fait également partie du « groupe de Casablanca », constitué en 1961 et rassemblant l’Algérie, l’Égypte, la Guinée, la Libye, le Mali et le Maroc. Ensemble, ils imaginent une fédération politique pour l’Afrique. Créé également en 1961, le « groupe de Monrovia », qui réunit notamment le Cameroun, le Liberia, le Nigeria et le Sénégal, souhaite aussi mettre en place une union politique, mais dans laquelle chaque État conserve sa souveraineté.


Les dates clés

1963

En mai 1963, 32 chefs d’État africains signent à Addis-Abeba, en Éthiopie, une charte instaurant l’Organisation de l’unité africaine (OUA). Celle-ci réunit notamment les membres des groupes de Monrovia et de Casablanca, ce dernier s’étant rangé à la vision d’une union politique du premier, respectant les souverainetés nationales. Les objectifs principaux de l’OUA sont de promouvoir la solidarité entre les États africains, de préserver leur intégrité territoriale et d’éradiquer le colonialisme. L’OUA soutient ainsi l’émancipation des territoires qui ne sont pas encore indépendants. L’Afrique du Sud, qui pratique une politique ségrégationniste (l’apartheid), en est exclue jusqu’à ce qu’elle mette fin à cette pratique en 1994. Les États membres s’engagent également à renforcer leur coopération politique. Mamoudou Gazibo, professeur de sciences politiques à l’Université de Montréal, souligne dans le livre « Introduction à la politique africaine » que le bilan de l’OUA est « plus que mitigé ». S’il reconnaît qu’il faut « mettre au crédit de l’OUA le fait que les possibles affrontements interétatiques généralisés, tant redoutés » n’ont « pas eu lieu », il note que « l’intégration ne s’est pas produite ».

2002

L’Union africaine (UA) est créée en juillet 2002. Il s’agit de l’aboutissement de la déclaration de Syrte de 1999, une résolution de l’OUA adoptée sous l’impulsion du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi. À travers celle-ci, les États signataires s’étaient engagés à faire évoluer l’OUA en une nouvelle organisation favorisant l’intégration politique. « Le besoin était de recentrer l’attention, la déplaçant des objectifs d’élimination du colonialisme et de l’apartheid sur lesquels s’était concentrée l’OUA vers une coopération et une intégration accrue des États africains pour accélérer la croissance et le développement économique de l’Afrique », souligne le site de l’Union africaine. L’UA souhaite la mise en place effective du traité d’Abuja de 1991 prévoyant l’instauration d’une Communauté économique africaine, disposant d’une zone de libre-échange, d’un marché commun et d’une banque centrale. Sur le modèle de l’Union européenne, l’UA se dote – en plus d’un conseil des chefs d’État et de gouvernement et d’un conseil des ministres déjà présents au sein de l’OUA – d’une Commission, d’un Parlement et d’une Cour de justice.

2013

En mars 2013, l’Union africaine suspend la participation de la Centrafrique à l’organisation et gèle les avoirs de plusieurs responsables de la Séléka, une alliance de mouvements de rébellion du nord du pays qui vient de renverser le président en place, François Bozizé. En décembre, elle déploie des soldats sur place. Michel Djotodia, membre de la Séléka et président autoproclamé du pays, démissionne finalement début 2014. Ce dénouement est le résultat du travail du Conseil de paix et de sécurité, une institution dont s’est dotée l’UA en 2004. Rompant en partie avec le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États qui prévalait à l’époque de l’OUA, l’UA suit un principe de « non-indifférence », qui lui permet d’intervenir lors de circonstances graves, comme des crimes de guerre, des génocides ou des crimes contre l’humanité. Le règlement pacifique des conflits est ainsi l’une de ses missions principales. La Centrafrique est rétablie comme membre de plein droit de l’UA en 2016.

2015

54 États membres de l’Union africaine entament en 2015 des négociations pour instaurer la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), en projet depuis les années 1990. L’objectif est de « créer un marché unique pour les marchandises et les services », avec la mise en place de la libre circulation des personnes, afin « d’approfondir l’intégration économique du continent africain », selon les termes d’un accord trouvé en 2018. 54 pays l’ont signé et 27 d’entre eux l’ont actuellement ratifié, permettant le lancement de la phase opérationnelle de la Zlecaf le 7 juillet 2019. Elle s’appuiera notamment sur les huit zones de libre-échange du territoire déjà existantes et reconnues par l’Union africaine. L’UA estime que cette zone permettra de créer 300 000 emplois directs et 2 millions d’emplois indirects. Elle espère aussi augmenter de moitié la part des exportations africaines destinées à l’Afrique, qui ne représentent actuellement que 16 % du total de ses exportations, selon l’Organisation mondiale du commerce.


Les chiffres

16 % de la population mondiale. 1,2 milliard de personnes vivent actuellement en Afrique, soit 16 % de la population mondiale, selon les Nations unies. L’ONU estime que plus de la moitié de la croissance démographique mondiale d’ici 2050 se concentrera en Afrique, avec plus d’un milliard d’habitants supplémentaires attendus sur le continent.

46 milliards de dollars. Les investissements étrangers en Afrique ont atteint 46 milliards de dollars en 2018 et étaient en hausse de 11 % par rapport à l’année précédente, selon le dernier rapport sur les investissements mondiaux de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, un organe de l’ONU. Cette augmentation est particulière au continent, alors que le montant total des investissements mondiaux était en baisse pour la troisième année consécutive.