5 août 2019

Tout s'explique

Accord sur la transition démocratique au Soudan

Que contient l’accord signé hier au Soudan ?

Le conseil militaire au pouvoir et les manifestants soudanais prodémocratie ont signé hier une déclaration constitutionnelle qui doit permettre une transition progressive vers un régime civil. Elle prévoit que le pays sera dirigé durant trois ans par un Conseil souverain, composé de cinq militaires et de six civils, avant que soient organisées des élections. Un gouvernement et un Parlement civils seront formés pour l’assister. Les dirigeants de l’armée ont obtenu l’immunité pénale qu’ils réclamaient, mais l’accord prévoit que cette immunité pourra être levée par le Parlement. La signature de l’accord final est prévue le 17 août, pour une entrée en application le lendemain.

Comment se sont déroulées les négociations depuis la destitution d’Omar el-Béchir ?

Après avoir destitué le 11 avril le président soudanais Omar el-Béchir, resté 29 ans à la tête du pays, l’armée avait annoncé la création pour deux ans d’un « conseil militaire de transition » et entamé des négociations avec l’opposition. Alors que les manifestations ne cessaient pas, les militaires avaient rompu les pourparlers le 3 juin et mené le même jour une répression qui a fait plus d’une centaine de morts, selon le Comité central des médecins soudanais, une organisation proche de l’opposition. Grâce à une médiation de l’Union africaine, qui regroupe 55 pays du continent, de l’Éthiopie et d’un émissaire américain, les négociations avaient repris et abouti à un premier accord début juillet, que le texte signé hier vient compléter. Au total, au moins 250 personnes sont mortes depuis avril à cause de la répression, selon l’opposition.

Qui sont les meneurs de la contestation civile ?

Les premières manifestations contre le gouvernement, en décembre, ont été initiées par l’Association des professionnels soudanais (APS), un mouvement combinant les caractères d’un syndicat professionnel et d’une organisation politique. Le 1er janvier, il a publié la Déclaration de la liberté et du changement, cosignée par 21 autres organisations civiles. Elle a donné naissance à l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), où les membres de l’APS occupent un rôle central. Parmi les cadres de l’APS figurent Ahmed al-Rabia, un professeur de mathématiques détenu trois mois en début d’année pour son rôle dans les manifestations et qui a signé l’accord d’hier au nom de l’ALC, et Mohammed Youssef al-Mustafa, un professeur d’anthropologie qui fut ministre d’Omar el-Béchir au moment de l’accord de paix avec le Soudan du Sud en 2005 avant d’être emprisonné à plusieurs reprises pour s’être opposé au président.