24 août 2019

On revient au début

Les soubresauts des relations franco-russes

Emmanuel Macron a reçu lundi le président russe, Vladimir Poutine, dans la résidence d’État du fort de Brégançon dans le Var. Il a appelé à recréer davantage de « sécurité et de confiance entre l’Union européenne et la Russie ». Depuis qu’elles ont débuté en 1717, les relations diplomatiques entre la France et la Russie ont connu d’importantes variations au gré des contextes nationaux et internationaux.


À l’origine

C’est avec la visite en 1717 du tsar Pierre le Grand à Versailles, où il rencontre le roi Louis XV qui n’a alors que sept ans, que les relations diplomatiques entre la France et la Russie débutent. Le tsar envoie alors le premier ambassadeur russe à Paris. Les liens culturels entre les deux pays s’affermissent sous le règne de l’impératrice russe Catherine II (1762-1796), grande admiratrice des philosophes du mouvement des Lumières. L’arrivée au pouvoir de Napoléon en 1804 perturbe ces relations, l’empereur français menant plusieurs guerres pour élargir le territoire. En 1812, Napoléon lance une offensive contre la Russie, mais bat retraite au cœur de l’hiver après avoir pris Moscou. En 1892, la France et la Russie signent un accord de coopération militaire stipulant que les deux pays doivent se soutenir en cas d’attaque. Il prend fin en 1917 au moment de la révolution bolchévique en Russie, aboutissant à la création de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). La France reconnaît l’URSS en 1924.


Les dates clés

1966

Le général de Gaulle, président de la France depuis 1959, effectue un voyage officiel en URSS en 1966. Cette visite intervient en pleine guerre froide, alors que la France vient de se retirer du commandement militaire de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, l’alliance fondée en 1949 par des pays occidentaux pour faire face à la menace soviétique. Son voyage se conclut par la signature d’un accord de coopération, portant sur les domaines scientifique, technique et économique, qui permet de développer les échanges entre l’URSS et la France. De Gaulle décrit à la télévision soviétique sa vision d’une Europe s’étendant « de l’Atlantique à l’Oural », une chaîne de montagnes russe. Toutefois, le chef d’État français soutient également les années suivantes l’aspiration des pays membres de l’URSS à retrouver leur souveraineté et à se défaire de la domination soviétique. Il condamne ainsi en août 1968 l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’armée russe visant à mettre fin au « Printemps de Prague », une période de libéralisation introduite par le Parti communiste tchécoslovaque.

2007

Après sa première rencontre en tant que chef d’État avec son homologue russe Vladimir Poutine, Nicolas Sarkozy déclare en juin 2007 avoir « évoqué tous les sujets », citant la Tchétchénie, les droits humains et les droits des homosexuels. Au cours de sa campagne, il a dénoncé le conflit opposant depuis 1999 la Russie aux indépendantistes tchétchènes, ayant fait au moins plusieurs dizaines de milliers de victimes, selon les décomptes de l’armée russe, des indépendantistes ou d’ONG. Son entrevue intervient également un an après l’assassinat de la journaliste russe Anna Politkovskaïa, connue pour ses articles dénonçant les violations des droits humains et la corruption en Russie. La position de Nicolas Sarkozy vis-à-vis de la Russie s’assouplit l’année suivante. Alors que la France préside le Conseil de l’UE (réunion des ministres des États membres), il s’implique pour résoudre le conflit en Géorgie, où Moscou intervient pour défendre deux régions séparatistes prorusses, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, et parvient à faire signer un plan de paix aux belligérants.

2014

L’annexion du territoire ukrainien de Crimée par la Russie, en 2014, crispe les relations franco-russes. L’UE impose des sanctions à la Russie et la France s’implique en tant que médiateur pour résoudre le conflit opposant l’Ukraine à la Russie, aux côtés de l’Allemagne. En novembre, face à l’escalade de violences entre forces ukrainiennes et prorusses, le président français François Hollande annonce le report de la livraison de deux porte-hélicoptères Mistral commandés par la Russie en 2011, puis l’annulation de la commande est décidée en 2015. Les tensions s’aggravent lorsque la Russie intervient militairement en Syrie en septembre 2015 aux côtés des forces du président Bachar el-Assad. La France propose en octobre 2016 avec l’Espagne une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU pour instaurer un cessez-le-feu à Alep, à laquelle s’oppose la Russie. Quelques jours plus tard, Vladimir Poutine annule une visite prévue en France, au cours de laquelle François Hollande souhaitait aborder le conflit syrien avec lui.

2017

Vladimir Poutine reçoit à Moscou en mars 2017, trois mois avant l’élection présidentielle française, la candidate du Front national, Marine Le Pen. Au cours de sa campagne, elle affirme à plusieurs reprises que l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 n’était pas illégale et considère que les sanctions à l’égard du pays devraient donc être levées. Elle se déclare également favorable à un « rapprochement stratégique » entre la France et la Russie pour lutter contre « les fondamentalistes islamistes ». Vladimir Poutine déclare : « Nous ne voulons en aucune façon influencer les événements en cours, mais nous nous réservons le droit de communiquer avec les représentants de toutes les forces politiques du pays. » Après son élection à la présidence, Emmanuel Macron déclare toutefois à l’occasion d’une entrevue avec Vladimir Poutine à Versailles que Russia Today et Sputnik, deux médias russes financés par le Kremlin, se sont comportés durant la campagne comme « des organes d’influence » et de « propagande mensongère ».


Les personnages

Jacques Chirac. « Jusqu’ici, les meilleures relations, c’était avec Jacques Chirac », a déclaré en 2017 Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin. Les relations entretenues entre la France et la Russie sous les deux mandats de Jacques Chirac (1995-2007) ont été particulièrement appréciées par le Kremlin, en particulier en raison de l’opposition de la France à l’intervention américaine en Irak en 2003, une position soutenue par la Russie. Jacques Chirac a remis en 2006 la grand-croix de la Légion d’honneur à Vladimir Poutine et il a reçu deux ans plus tard un prix d’État de la Russie, dans la catégorie « humanitaire ».

Jean-Luc Mélenchon. Le dirigeant de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a dénoncé à plusieurs reprises la « propagande antirusse à partir du meurtre de monsieur Boris Nemtsov », un opposant à Vladimir Poutine assassiné en 2015. S’il affirme, comme en mars 2017, n’être « lié d’aucune manière » au dirigeant russe et combattre « absolument sa politique », il soutient que l’intervention russe en Syrie permettra « d’éliminer Daesh », autre nom du groupe État islamique, et s’oppose aux sanctions appliquées à la Russie depuis l’annexion de la Crimée.

Thierry Mariani. Favorable à l’annexion de la Crimée par la Russie, le député LR des Français de l’étranger Thierry Mariani a organisé en juillet 2015 un déplacement avec neuf autres députés en Crimée. Il a renouvelé ce voyage l’année suivante. En 2016, il est à l’origine d’une résolution adoptée par l’Assemblée nationale réclamant que la France négocie au sein de l’UE la levée des sanctions contre la Russie. Cette résolution n’a toutefois qu’une valeur consultative. Thierry Mariani a intégré en 2017 le comité d’éthique de la chaîne Russia Today en France, avant de le quitter l’an dernier. Après avoir quitté LR, il a été élu sur la liste du Rassemblement national aux élections européennes de 2019.