4 septembre 2019

Tout s'explique

Crise politique au Royaume-Uni

Pourquoi Boris Johnson envisage-t-il de convoquer de nouvelles élections ?

La Chambre des communes a voté hier soir une motion permettant aux députés de prendre le contrôle de l’agenda parlementaire, une responsabilité normalement réservée au gouvernement, en vue d’empêcher une sortie sans accord de l’Union européenne. Les 21 députés conservateurs, le parti majoritaire, qui ont soutenu cette motion ont été aussitôt exclus du parti par le Premier ministre britannique, Boris Johnson. Cet après-midi, les députés débattaient d’un texte obligeant Boris Johnson à demander à l’UE un nouveau report du Brexit au 31 janvier 2020 si aucun accord de retrait n’était conclu avec l’UE d’ici au 19 octobre. Un vote sur ce texte est prévu dans la soirée. Opposé à un nouveau report du Brexit, Boris Johnson a déclaré hier soir que si les députés adoptaient une telle disposition, il demanderait la convocation d’élections législatives anticipées le 15 octobre.

Sous quelles conditions de nouvelles élections peuvent-elles être organisées ?

Pour convoquer des élections législatives anticipées, Boris Johnson doit obtenir l’accord de deux tiers des députés britanniques. Il devra donc recevoir le soutien de nombreux députés de l’opposition pour y parvenir. Jeremy Corbyn, le dirigeant du Parti travailliste, le principal parti d’opposition, a déclaré qu’il ne soutiendrait la convocation de nouvelles élections qu’une fois que la loi empêchant une sortie de l’UE sans accord le 31 octobre aura été définitivement adoptée. Autre hypothèse possible : l’adoption d’une motion de défiance déposée par un député. L’opposition aurait alors la possibilité de former un nouveau gouvernement, à condition de se regrouper. Le groupe conservateur de Boris Johnson a perdu hier la majorité absolue à la Chambre des communes avec la défection d’un de ses membres qui a rejoint les Libéraux-Démocrates.

Quel sujet bloque les négociations autour du Brexit ?

Une sortie du Royaume-Uni de l’Union douanière européenne remettrait en cause l’absence de frontière physique entre l’Irlande du Nord, qui fait partie du Royaume-Uni, et la République d’Irlande. La disparition des postes-frontières entre les deux pays est une conséquence de l’accord de Belfast signé en 1998, qui a permis de mettre un terme au conflit entre les deux territoires. L’accord de retrait négocié par la prédécesseure de Boris Johnson, Theresa May, prévoyait une clause de « backstop » (filet de sécurité), un dispositif maintenant provisoirement le Royaume-Uni dans l’Union douanière pour éviter le rétablissement de cette frontière dure, tant qu’un nouvel accord de libre-échange n’est pas conclu avec l’UE. Opposé à ce dispositif, Boris Johnson a écrit le 19 août au président du Conseil européen, Donald Tusk, pour réclamer sa suppression de l’accord sur le Brexit, mais ce dernier lui a reproché de ne pas proposer de « solution alternative réaliste ».