28 septembre 2019

On revient au début

Les mobilisations citoyennes en faveur de l’environnement

Depuis le 20 septembre, plusieurs millions de personnes ont participé à des marches à travers le monde pour appeler à intensifier la lutte contre le réchauffement climatique. Un sommet de l’ONU sur le climat s’est tenu lundi à New York, aux États-Unis. À l’appel de la militante suédoise Greta Thunberg, des lycéens observant une grève des cours y ont pris part. Principalement apparues à partir des années 1970, les mobilisations citoyennes en faveur de l’environnement se sont multipliées depuis le début des années 2000, en s’internationalisant et en utilisant de nouveaux outils de rassemblement.


À l’origine

C’est à partir du XIXe siècle qu’apparaissent les premières mobilisations citoyennes en faveur de l’environnement, avec des riverains se regroupant pour lutter contre des pollutions industrielles ou des destructions d’espaces naturels. « Les citoyens se mobilisent souvent lorsque des intérêts individuels sont touchés, comme avec des expropriations ou parce qu’il y a une déformation du paysage », explique à Brief.me Anna Trespeuch-Berthelot, spécialiste de l’histoire de l’environnement. Un « moment de bascule » a lieu dans les années 1960, avec les premières alertes scientifiques sur la préservation de l’environnement, puis avec l’idéal du retour à la nature revendiqué par certains mouvements de contestation de 1968. Des ONG de défense de l’environnement sont créées, comme WWF en 1961. Des projets d’aménagement du territoire, comme celui prévu au Larzac (Aveyron) dans les années 1970, donnent lieu à de grands rassemblements.


Les dates clés

1972

L’ONU organise en 1972 le Sommet de la Terre à Stockholm, sa première conférence environnementale, à laquelle sont associés des militants et citoyens engagés dans la défense de l’environnement. Ils ne sont pas autorisés à participer à l’assemblée plénière, mais occupent plusieurs espaces alentour. Des conférences, des manifestations et des expositions sur le thème de l’environnement ont lieu dans la ville. « L’importance des activités des ONG » est reconnue lors du sommet, « initiant une tendance à l’engagement des ONG dans les réunions mondiales officielles », décrit l’universitaire suédois Peter Nilsson dans un article publié en 2003. Malgré cette reconnaissance, l’engagement de ces mouvements en faveur de l’environnement s’essouffle : « Les années 1980 sont des années de démobilisation, décrit Anna Trespeuch-Berthelot. Les militants des années 1968 opèrent un virage idéologique et le libéralisme s’impose avec des dirigeants comme Margaret Thatcher ou Ronald Reagan. »

2008

Un groupe d’étudiants américains fondent en 2008, avec le journaliste et militant écologiste Bill McKibben, l’ONG 350.org. Le nom de l’organisation fait référence à la limite de concentration de 350 parties par million (une unité de mesure de la pollution) de CO2 dans l’atmosphère à ne pas dépasser pour garantir la sécurité climatique, définie notamment par le climatologue américain James Hansen. L’ONG se démarque par l’usage des outils numériques pour ses actions et mobilisations. Elle parvient ainsi à fédérer des communautés locales pour organiser des actions nationales ou internationales. En 2009, elle est à l’origine de la Journée internationale de l’action climatique, avec 5 245 actions recensées dans 181 pays. L’ONG se distingue ensuite grâce à une campagne incitant les entreprises et les organisations – elle en recense 1 100 aujourd’hui – à renoncer à leurs investissements dans les énergies fossiles. Elle milite également contre le projet de pipeline Keystone XL aux États-Unis, auquel le président américain Barack Obama oppose finalement son veto en 2015.

2013

Au nom de 886 citoyens, l’ONG néerlandaise Urgenda assigne en justice les Pays-Bas en 2013, estimant que le volume annuel des émissions de CO2 du pays est « illégal » et enfreint ses engagements internationaux. En 2015, un tribunal donne raison à l’ONG : l’État néerlandais doit faire davantage pour « éviter le danger imminent causé par le changement climatique » aux citoyens du pays. Elle lui ordonne de réduire ses émissions de CO2 d’au moins 25 % d’ici à 2020 par rapport à 1990, estimant que la trajectoire de réduction actuelle n’est pas suffisante. C’est la première fois qu’un État est condamné à restreindre ses émissions carbone. Les Pays-Bas font appel de cette décision, confirmée fin 2018. Un recours est actuellement examiné par la Cour suprême néerlandaise. De nombreuses initiatives similaires sont lancées ailleurs dans le monde. En mars 2019, quatre ONG françaises, réunies sous le nom de L’Affaire du siècle, assignent l’État français en justice pour « inaction climatique ».

2018

Alors que la Suède a connu son mois de juillet le plus chaud depuis le début des relevés de température, Greta Thunberg, une Suédoise de 15 ans, entame fin août 2018 une grève devant le Parlement. Elle décide de ne pas retourner à l’école jusqu’aux élections générales du 9 septembre et demande aux dirigeants politiques suédois de prendre des mesures pour respecter l’accord de Paris sur le climat de 2015. Elle poursuit ensuite sa grève scolaire tous les vendredis. Son initiative inspire d’autres jeunes. Des grèves similaires sont organisées ailleurs dans le monde, créant le mouvement « Fridays For Future ». Une grève mondiale des jeunes en faveur du climat a lieu le 15 mars 2019. Des mobilisations sont organisées dans 128 pays. Une nouvelle mobilisation, le 20 septembre, a rassemblé 4 millions de personnes dans le monde, selon les organisateurs.


Le concept

Théorisée par le philosophe et poète américain Henry Thoreau dans un essai en 1849, la désobéissance civile consiste à militer de manière non violente tout en refusant de se soumettre à des lois considérées comme injustes pour la cause défendue. Ce mode d’action, employé notamment par Mohandas Karamchand Gandhi ou Martin Luther King, est utilisé par certains militants en faveur de la protection de l’environnement. C’était le cas dès les années 1960 lors des mobilisations contre les essais nucléaires par exemple. Il est actuellement de plus en plus utilisé par les militants en faveur du climat. Le mouvement Extinction Rebellion, créé au Royaume-Uni en 2018 et actuellement présent dans 55 pays, revendique ce mode d’action. Ses membres ont par exemple bloqué l’accès à des ponts dans le centre de Londres en novembre 2018. C’est également le cas des personnes décrochant des portraits d’Emmanuel Macron dans des mairies pour dénoncer son inaction climatique. Le 19 avril, les ONG Greenpeace, Les Amis de la Terre et ANV-COP 21 ont revendiqué une action de désobéissance civile qui a consisté à bloquer notamment l’accès au siège de l’entreprise Total avec 2 000 militants.