7 octobre 2019

Tout s'explique

Le gouvernement irakien réagit au mouvement de contestation

Comment le gouvernement irakien réagit-il aux manifestations ?

Le Premier ministre irakien, Adel Abdel Mahdi, a annoncé hier plusieurs mesures économiques et sociales pour répondre à une mobilisation citoyenne en cours depuis mardi dernier, principalement dans la capitale, Bagdad, ainsi que dans le sud du pays. Il s’est engagé à faire construire 100 000 logements, à augmenter des aides pour les familles en difficulté financière et à financer des programmes de formation professionnelle pour les chômeurs. Vendredi, il avait déjà annoncé le licenciement de 1 000 fonctionnaires accusés de corruption, l’instauration d’un revenu minimum pour chaque famille irakienne et le dépôt d’un projet de loi pour réformer le système électoral. La répression des manifestations a fait 104 morts – dont huit policiers – et 6 107 blessés – dont 1 200 membres des forces de l’ordre, selon un bilan publié hier par le ministère irakien de l’Intérieur, qui a annoncé une enquête pour déterminer les conditions dans lesquelles ont été effectués les tirs létaux.

Quelles sont les raisons de la mobilisation ?

Il n’y a pas d’organisation ou de mouvement unifié derrière la contestation, née après des appels publiés sur les réseaux sociaux. Les slogans des manifestants dénoncent principalement la corruption, le chômage, ainsi que la qualité des services publics et des infrastructures. Selon l’ONG Transparency International, l’Irak est le 12e pays le plus corrompu au monde. Le taux de chômage s’élevait en 2017 à 13 % de la population active, selon les dernières données de l’Organisation internationale du travail, une agence de l’ONU, et il atteignait 26 % chez les jeunes. Malgré ses ressources en pétrole, l’Irak a connu un faible développement économique en grande partie lié à l’instabilité politique auquel le pays a fait face ces dernières décennies, comme la chute de son dirigeant Saddam Hussein en 2003 ou la lutte contre le groupe État islamique, qui avait proclamé son califat sur une partie du territoire.

Pourquoi l’Iran se préoccupe-t-il de la crise irakienne ?

Le guide suprême iranien, Ali Khamenei, a déclaré aujourd’hui voir dans les manifestations en Irak un « complot » monté par des « ennemis » pour « semer la discorde » entre l’Iran et l’Irak. « Nous demandons au peuple irakien de montrer plus de retenue et de chercher des moyens démocratiques et légaux pour obtenir satisfaction de leurs revendications », a ajouté le porte-parole du gouvernement iranien. Depuis la chute du dictateur sunnite Saddam Hussein en 2003 provoquée par une intervention américaine, les deux pays musulmans et à majorité chiite ont renoué des relations diplomatiques. Le mouvement de contestation irakien intervient en outre au moment où plusieurs milliers d’Iraniens ont entamé un pèlerinage vers Kerbala, au sud de Bagdad, où les principales célébrations sont prévues le 19 octobre. En réaction aux manifestations, l’Iran a fermé la semaine dernière l’un de ses trois postes-frontières avec l’Irak, avant de le rouvrir.