10 octobre 2019

Tout s'explique

L’offensive de la Turquie contre les Kurdes en Syrie

Quels sont les premiers résultats de l’offensive turque en Syrie ?

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé hier le début d’une opération militaire dans le nord de la Syrie (voir carte) contre les membres du groupe État islamique (EI) et les combattants kurdes, que la Turquie qualifie de « terroristes ». L’objectif avancé est de créer une « zone de sécurité » qui sépare sa frontière des positions des Kurdes. Plus de 60 000 personnes ont quitté la région depuis le lancement de cette offensive et au moins 15 personnes dont huit civils ont été tués hier, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), une organisation basée au Royaume-Uni proche de l’opposition et disposant d’un réseau d’informateurs sur le terrain. Les États-Unis ont déclaré dimanche que la Turquie serait désormais « responsable » de tous les membres du groupe EI actuellement détenus par les Kurdes, qui faisaient partie de la coalition internationale contre l’organisation djihadiste.

Dans quelles circonstances la Turquie a-t-elle lancé cette offensive ?

Le président des États-Unis, Donald Trump, a annoncé dimanche le retrait des troupes américaines stationnées dans le nord de la Syrie. Cette décision a été critiquée par plusieurs élus démocrates et républicains. « Impossible de comprendre pourquoi Donald Trump laisse les alliés des États-Unis se faire massacrer et permet le retour de l’EI », a déclaré sur Twitter la représentante républicaine du Wyoming Liz Cheney. Le président américain a justifié hier ce retrait par le fait que les Kurdes se battaient pour leur propre territoire et qu’ils « n’avaient pas aidé » les États-Unis « lors de la Seconde Guerre mondiale ». Plusieurs pays européens dont la France et l’Allemagne ont saisi le Conseil de sécurité des Nations unies qui doit se réunir aujourd’hui à huis clos. Recep Tayyip Erdogan a déclaré aujourd’hui qu’il laisserait les 3,4 millions de réfugiés syriens accueillis en Turquie partir vers l’Europe, si les États membres de l’UE considéraient l’opération en Syrie « comme une invasion ».

Qui sont les combattants kurdes visés ?

Recep Tayyip Erdogan a annoncé hier viser les combattants kurdes du « PKK/YPG ». Anagramme kurde des « Unités de protection du peuple », les YPG ont été créées en 2011 lors de la guerre civile syrienne. Elles sont la branche armée du Parti de l’union démocratique syrien (PYD) et la principale composante des Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance arabo-kurde soutenue par la coalition internationale antidjihadiste dirigée par les États-Unis en Irak et en Syrie. La Turquie considère que les YPG et le PYD sont les branches syriennes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation politique kurde fondée en 1978 en Turquie pour obtenir l’indépendance des territoires turcs à population majoritairement kurde. L’État turc qualifie ces trois mouvements d’organisations terroristes. L’UE et les États-Unis classent également le PKK parmi les organisations terroristes, mais pas le YPG ni le PYD.