14 octobre 2019

Tout s'explique

Les Kurdes se rapprochent des Syriens face à l’offensive turque

Pourquoi les Kurdes ont-ils passé un accord avec la Syrie ?

L’autorité administrative kurde du nord-est de la Syrie a annoncé hier soir avoir passé un accord avec le gouvernement syrien pour l’aider à faire face à l’offensive militaire déclenchée mercredi par la Turquie. Cet accord prévoit le déploiement de l’armée syrienne « le long de la frontière turco-syrienne » dans la région du Kurdistan syrien, également appelée Rojava, une région autonome kurde autoproclamée en 2016. Le déploiement de l’armée syrienne a commencé ce matin. « Nous savons que nous devrons faire des compromis douloureux », a déclaré hier au magazine américain Foreign Policy le commandant en chef des Forces démocratiques syriennes, une alliance arabo-kurde qui a été soutenue par une coalition internationale antidjihadiste dirigée par les États-Unis. Le secrétaire américain à la Défense, Mark Esper, a confirmé hier que les États-Unis retiraient leurs troupes du nord de la Syrie.

Quel est le bilan de l’offensive turque en Syrie ?

Les forces turques et leurs alliés locaux, des combattants rebelles syriens, ont conquis hier la ville frontalière de Tal Abyad, selon l’agence de presse turque Anadolu et l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), une organisation basée au Royaume-Uni proche de l’opposition et disposant d’un réseau d’informateurs sur le terrain. Depuis mercredi, les forces turques ont conquis une quarantaine de villages. 128 combattants kurdes et plus de 69 civils ont été tués dans les combats, selon un dernier bilan publié aujourd’hui par l’OSDH. Plus de 150 000 personnes vivant dans la région ont été déplacées depuis le début de l’offensive, selon l’ONU. Les autorités kurdes ont annoncé hier la fuite de 785 proches de djihadistes qui étaient regroupés dans le camp d’Aïn Issa, les gardes kurdes l’ayant quitté. Un convoi de civils kurdes et de journalistes a été bombardé hier par l’armée turque.

Quelles positions les pays européens ont-ils adoptées vis-à-vis de la Turquie ?

Les ministres des Affaires étrangères des pays membres de l’UE, réunis aujourd’hui au Luxembourg, ont condamné l’opération militaire turque dans le nord de la Syrie, qui « compromet gravement la stabilité et la sécurité de l’ensemble de la région » selon eux. Lors d’une conférence de presse commune donnée hier soir à l’Élysée, le président français, Emmanuel Macron, et la chancelière allemande, Angela Merkel, ont appelé la Turquie à cesser cette offensive, qui risque « de créer des situations humanitaires insoutenables » et d’aider le groupe État islamique « à réémerger dans la région ». La veille, les ministères français des Armées et des Affaires étrangères avaient annoncé la suspension de la vente à la Turquie de « matériels de guerre susceptibles d’être employés » en Syrie. L’Allemagne et les Pays-Bas avaient déjà pris une décision similaire.