22 octobre 2019

Tout s'explique

Des mesures en réponse aux protestations au Liban

Quelles réformes le Premier ministre libanais a-t-il annoncées ?

Le Premier ministre libanais, Saad Hariri, a annoncé hier l’adoption d’une série de réformes économiques. Ces annonces répondent à des manifestations déclenchées jeudi à Beyrouth, la capitale, pour protester contre de nouvelles taxes sur les cigarettes, l’essence et les appels effectués depuis les applications de messageries instantanées comme WhatsApp. Ce mouvement s’est depuis étendu à l’ensemble du pays et le gouvernement a annulé dès jeudi soir son projet de taxe sur les messageries. Hier, Saad Hariri a annoncé la baisse de 50 % des rémunérations des ministres, députés et présidents du Conseil des ministres, du Parlement et de l’État, ainsi que la suppression de plusieurs ministères et organismes étatiques. Il a également dévoilé un projet de budget pour 2020 qui prévoit une réduction du déficit de l’État à 0,6 % du PIB, contre 7,6 % prévu en 2019, en misant en grande partie sur la hausse d’une taxe sur les bénéfices des banques.

Que réclament désormais les manifestants ?

Saad Hariri s’est également déclaré prêt hier à organiser des élections législatives anticipées, une revendication portée par les manifestants. Beaucoup d’entre eux réclament en effet un renouvellement des représentants politiques et la chute du régime. Or Saad Hariri n’envisage pas pour l’instant de remettre la démission de son gouvernement, issu d’une coalition. Le chef du parti Forces libanaises, une formation centriste qui regroupe principalement des chrétiens, a toutefois annoncé samedi soir la démission de ses quatre ministres. Les dernières élections législatives ont eu lieu en mai 2018, mais le nouveau gouvernement n’est entré en fonction qu’en janvier 2019, après plusieurs de mois de négociations entre les partis. Le mouvement de protestation réunit des citoyens dans tout le pays, issus de toutes les communautés religieuses.

Comment la vie politique est-elle organisée au Liban ?

La vie politique au Liban est organisée selon un système confessionnel défini dans sa Constitution en 1926, lorsque le pays était sous mandat français. Ce système perdure depuis son indépendance en 1943. Celui-ci prévoit que le président de la République est un chrétien maronite, le président du Conseil des ministres est un musulman sunnite et le président du Parlement est musulman chiite. Le Liban dispose d’un Parlement unicaméral, une Chambre des députés de 128 sièges, répartis sur la base d’une parité confessionnelle, avec 64 sièges prévus pour les chrétiens et 64 sièges pour les musulmans. Selon des estimations de la CIA, une agence de renseignement américaine, la population comprend 58 % de musulmans (dont 29 % de sunnites et 28 % de chiites), 36 % de chrétiens, dont la plupart sont maronites, et 5 % de druzes, une religion découlant de l’islam. Aucun recensement n’a été effectué dans le pays depuis 1932.