26 octobre 2019

On revient au début

Le Chili depuis la fin de la dictature

Près de 30 ans après la fin du régime militaire d’Augusto Pinochet, des manifestations se déroulent au Chili depuis trois semaines. Elles ont été lancées pour dénoncer une hausse du prix du ticket de métro à Santiago, la capitale. Cette augmentation a été annulée, mais les manifestations se poursuivent pour réclamer des réformes sociales. Le ministère de l’Intérieur fait état de 19 morts dans des émeutes et des incendies liés à des pillages depuis le week-end dernier. Le Chili a bénéficié depuis les années 1990 d’une forte croissance économique, mais a connu une montée des inégalités qui a entraîné plusieurs mouvements de contestation.


À l’origine

Conquis par l’Espagne au XVIe siècle, le Chili déclare son indépendance en 1818. S’ensuit une période d’instabilité politique, avant l’élection du premier président chilien en 1826. Des gouvernements de gauche et de droite alternent, jusqu’à l’élection du candidat socialiste Salvador Allende à la présidentielle de 1970. Il tente de mettre en place un État socialiste, avec une réforme agraire et la nationalisation de l’exploitation du cuivre, mais il est renversé trois ans plus tard par un coup d’État, mené par le général Augusto Pinochet, soutenu par les États-Unis. Augusto Pinochet instaure un régime autoritaire. De nombreux opposants sont torturés, tués ou fuient le pays. Au cours des années 1980, de grandes manifestations d’opposition ont lieu et sont durement réprimées. Une nouvelle Constitution, adoptée en 1980, prévoyait un régime transitoire jusqu’à la fin du mandat d’Augusto Pinochet en 1990. En 1988, le gouvernement propose un référendum pour prolonger légalement son mandat. Le « non » l’emporte à 56 %.


Les dates clés

1990

Membre d’une coalition de partis de gauche, le président chilien nouvellement élu, Patricio Aylwin, instaure par décret en 1990 la Commission nationale de vérité et de réconciliation, chargée d’enquêter sur les violations des droits humains durant la dictature. Dans un rapport en 1991, elle évalue le nombre de personnes tuées à près de 2 300. Un rapport publié par une autre commission nationale en 2004 réévalue à plus de 3 200 le nombre de personnes tuées ou disparues et estime à plus de 38 000 le nombre de personnes emprisonnées durant la dictature pour des raisons politiques, dont la plupart ont été torturées. À la fin de la dictature, Augusto Pinochet demeure commandant en chef des forces armées jusqu’en 1998, puis devient sénateur jusqu’en 2002. Plusieurs procédures judiciaires contre lui n’aboutissent pas, pour des raisons médicales. Promesse de la présidente Michelle Bachelet, arrivée au pouvoir en 2006, le Musée de la mémoire et des droits humains, qui vise à informer sur les crimes commis pendant la dictature, est inauguré en 2010.

1994

Le Chili est le premier pays d’Amérique du Sud à rejoindre en 1994 la Coopération économique des pays d’Asie-Pacifique (Apec), qui regroupe des pays bordant l’océan Pacifique et vise à réduire les droits de douane entre ses membres. À partir des années 1990, le pays s’engage dans plusieurs autres accords de libre-échange. En 1996, il devient le premier pays associé au Mercosur, un marché commun créé en 1991 par l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Durant la dictature, Augusto Pinochet avait aussi mis en place plusieurs réformes libérales, en privatisant le système de retraite ainsi que certaines entreprises. Les gouvernements suivants ne sont pas revenus sur ces réformes. Le Chili enregistre dans la décennie post-dictature, entre 1990 et 1998, une croissance moyenne annuelle de 7,1 % de son PIB, selon les données de la Banque mondiale. Le pays devient en 2010 membre de l’OCDE, une organisation d’une trentaine de pays parmi les plus industrialisés, dont il est à ce jour le seul membre sud-américain. Les inégalités de revenus au Chili sont néanmoins « parmi les plus élevés » des membres de l’OCDE, selon l’organisme.

2006

À l’annonce d’une hausse des frais universitaires et face à la crainte d’une restriction dans l’usage de leur carte de transports, des étudiants se mobilisent pour dénoncer le système éducatif chilien en avril 2006. Ils réclament aussi l’abolition de la Loi organique constitutionnelle de l’enseignement, promulguée par Augusto Pinochet juste avant la fin de la dictature, qui a libéralisé le système éducatif et instauré une concurrence entre les établissements du supérieur. Les frais de scolarité ont alors fortement augmenté. La mobilisation est baptisée la « révolution des pingouins », en référence à l’uniforme des étudiants. Elle réunit le 30 mai 600 000 participants, selon la police, et 1 million de personnes selon les organisateurs, soit la plus grande mobilisation au Chili depuis la fin de la dictature. Début juin, la présidente Michelle Bachelet annonce plusieurs mesures pour répondre aux demandes des étudiants. Malgré cela, de nouvelles mobilisations étudiantes d’ampleur ont lieu en 2011.

2010

L’économiste et homme d’affaires Sebastian Piñera est élu président du Chili en 2010. C’est la première fois depuis la fin de la dictature que le chef d’État n’est pas issu de la coalition de partis de gauche, appelée Concertacion. Sa première année de mandat est marquée par le sauvetage de 33 mineurs retenus plus de deux mois sous terre, à la suite d’un effondrement, un événement suivi par les médias du monde entier. Sebastian Piñera annonce des réformes concernant la sécurité des mines, secteur important pour le pays, puisqu’il est le premier producteur de cuivre au monde. Il poursuit le développement du libre-échange, en signant en 2012 un nouvel accord avec le Pérou, le Mexique et la Colombie. Après la contestation étudiante de 2011, il annonce une réforme fiscale incluant une hausse de l’impôt sur les entreprises, destinée à aider à financer le système éducatif. Michelle Bachelet lui succède en 2014, puis Sebastian Piñera revient au pouvoir en 2018.


Les chiffres

8 retraités pauvres sur 10. 8 retraités chiliens sur 10 ont reçu une pension de retraite de moins de 151 000 pesos, soit l’équivalent de 186 euros, ce qui représente deux fois moins que le revenu minimum, au cours du mois de décembre 2018, selon la Fondation Sol, un centre d’études et de réflexion chilien. Le système de retraite chilien a été mis en place sous la dictature d’Augusto Pinochet et fonctionne selon un régime de capitalisation individualisé, géré par des fonds de pension privés.

5,5 millions de tonnes de cuivre. Le Chili est le plus gros producteur de cuivre au monde, avec 5,5 millions de tonnes extraites en 2017, selon le Groupe d’études international du cuivre, une organisation intergouvernementale. Cela représente un quart de la production mondiale et le pays possède également les plus grandes réserves au monde. L’économie du Chili est donc très dépendante de cette ressource, qui constitue près de la moitié de ses exportations, selon la banque centrale du pays.

1 200 dollars par habitant. Les dépenses publiques de santé au Chili atteignaient 1 200 dollars par habitant en 2016, selon l’OCDE, contre 2 937 dollars en moyenne dans les pays membres de l’organisation et 3 626 dollars en France (en parité de pouvoir d’achat, ce qui permet des comparaisons internationales). Deux principaux systèmes d’assurance santé coexistent au Chili depuis 1981 : un privé, auquel était affiliée 14 % de la population en 2017, et un public, auquel était affiliée 78 % de la population, selon le ministère chilien de la Santé.