2 novembre 2019

On revient au début

Le développement et le déclin du groupe État islamique

Le président des États-Unis, Donald Trump, a annoncé dimanche la mort du dirigeant de l’organisation État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi. Affilié au groupe djihadiste Al-Qaïda à l’origine, le groupe État islamique s’en est émancipé. Il a annoncé en 2014 la création de son « califat », qui s’étendait sur une partie du territoire syrien et irakien, avant que ses positions soient progressivement reprises à partir de 2015.


À l’origine

Le djihadisme est une idéologie politique et religieuse islamiste qui prône l’utilisation de la violence pour instaurer un État islamique ou le rétablissement d’un califat. Sa version contemporaine apparaît au cours de la guerre d’Afghanistan (1979-1989), lors de laquelle des moudjahidine, des combattants djihadistes, s’opposent aux forces soviétiques qui défendent le gouvernement communiste. Al-Qaïda est fondé en Afghanistan en 1988, pour étendre le mouvement djihadiste et former des combattants dans des camps d’entraînement. Oussama Ben Laden en prend la direction l’année suivante. En 2004, une branche d’Al-Qaïda est créée en Irak, un an après l’intervention armée des États-Unis et la chute du président Saddam Hussein. En 2006, Al-Qaïda en Irak forme avec cinq autres mouvements djihadistes le groupe État islamique en Irak (EII). L’année suivante, l’un des principaux dirigeants d’Al-Qaïda annonce que sa branche irakienne n’existe plus depuis qu’elle a prêté allégeance à l’EII.


Les dates clés

2013

L’EII s’implique à partir de 2013 dans le conflit syrien, qui oppose depuis deux ans les forces loyales au président Bachar el-Assad à des opposants structurés en différents groupes. En mars, l’EII revendique un attentat contre un convoi de soldats syriens blessés du côté irakien de la frontière entre les deux pays. Dans un message audio en avril, le nouveau chef de l’EII depuis 2010, Abou Bakr al-Baghdadi, annonce que le Front Al-Nosra, un groupe djihadiste syrien, a prêté allégeance à l’EII et que les deux formations portent désormais un seul nom : État islamique en Irak et au Levant. L’acronyme du groupe se prononce Daech en arabe. Le Front Al-Nosra refuse toutefois cette allégeance et préfère se tourner vers Al-Qaïda. Daech poursuit son implantation en Syrie. En janvier 2014, il prend le contrôle de sa première grande ville en Syrie, Rakka, dans le nord-est du pays.

2014

Fin juin 2014, le groupe État islamique en Irak et au Levant annonce le rétablissement d’un califat, un régime politique islamiste, sur les régions conquises par le groupe en Syrie et en Irak, dont la ville de Mossoul, la deuxième plus grande du pays, qu’il contrôle depuis le début du mois. Le groupe annonce qu’il portera désormais uniquement le nom d’« État islamique » (EI) et désigne son chef, Abou Bakr al-Baghdadi, comme « calife », soit le chef des musulmans partout dans le monde. Celui-ci fait sa première apparition publique en tant que dirigeant de l’EI dans une mosquée de Mossoul début juillet. Dans les territoires qu’il contrôle, l’EI impose la charia, la loi islamique issue du Coran. La prise de contrôle de certains puits de pétrole lui permet d’augmenter ses ressources financières. L’EI atteint alors son apogée territorial. En janvier 2015, il contrôle près de 90 000 km2, selon le cabinet d’analyse britannique IHS Markit dont l’une des branches est spécialisée dans l’étude des conflits, soit à peu près la superficie du Portugal.

2015

L’EI revendique les attentats ayant touché Paris et Saint-Denis le 13 novembre 2015, qui ont fait 130 morts et 413 blessés, selon un bilan officiel. Le groupe mène des actions de plus en plus violentes en dehors de son territoire. L’EI revendique d’autres attaques en France par la suite, comme l’attentat de Nice en juillet 2016 et celui sur le marché de Noël de Strasbourg en décembre 2018. La France est « devenue la principale cible » de l’EI, estime en novembre 2015 le journaliste français spécialiste du djihadisme David Thomson, interrogé par Mediapart. Selon lui, c’est l’implication de la France en août 2014 dans la coalition internationale combattant l’EI « qui explique le changement de stratégie de l’EI ». Il estime que « la France est davantage menacée » que les autres membres de la coalition en raison de son histoire coloniale, d’autant que « les Maghrébins sont nombreux dans les rangs de l’EI », et parce qu’elle compte le plus grand nombre de ressortissants au sein du groupe.

2017

Les forces de sécurité irakiennes, soutenues par des Kurdes et la coalition internationale antidjihadiste, reprennent intégralement en juin 2017 la ville de Mossoul à l’EI. L’offensive avait été lancée huit mois plus tôt. Il s’agit d’une des grandes victoires territoriales sur l’EI, qui a perdu progressivement depuis 2015 plusieurs villes sous son influence. L’EI contrôle cependant encore une large part du territoire syrien. Sur le terrain, ce sont principalement les Forces démocratiques syriennes, une alliance arabo-kurde, qui les combattent, soutenues par la coalition internationale antidjihadiste. En mars 2019, les FDS annoncent « l’élimination totale du soi-disant califat » de l’EI, après avoir repris la ville de Baghouz, dans le sud-est de la Syrie. Depuis, l’EI ne contrôle plus de ville, mais conserve des cellules clandestines en Syrie et en Irak. Les départements américains d’État et de la Défense estimaient en juin dans un rapport qu’entre 14 000 et 18 000 combattants du groupe étaient encore présents dans les deux pays.


À l’étranger

Plusieurs groupes présents en dehors des territoires irakien et syrien sont affiliés au groupe État islamique. C’est notamment le cas de Boko Haram, un groupe créé en 2002 dans le nord-est du Nigeria, qui a prêté allégeance à l’EI en 2015. Boko Haram est à l’origine de plusieurs attentats, massacres et enlèvements. C’est également le cas du groupe Majlis Choura Chabab al-Islam en Libye, qui a prêté allégeance à l’EI en 2014 et a contrôlé pendant un temps une partie du territoire libyen, et du groupe Jamaah Anshar Daulah en Indonésie. L’EI a reconnu à l’étranger plusieurs provinces, appelées « wilayas », notamment en Arabie saoudite, dans les Philippines, dans le Caucase, en Égypte dans le Sinaï et au Yémen. En mai, l’EI a revendiqué la création d’une nouvelle province en Inde, dans la région du Cachemire, même si aucun membre affilié au groupe ne participe à la gouvernance du territoire.