4 novembre 2019

Tout s’explique

Un mouvement de protestation réprimé à Haïti

Quelles sont les raisons de la protestation à Haïti ?

Au moins 42 personnes sont mortes et 86 ont été blessées, la plupart par des armes à feu, depuis qu’une vague de protestations a débuté le 15 septembre à Haïti, a annoncé vendredi le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCR), une agence de l’ONU. Les forces de sécurité sont responsables de 19 des décès, a ajouté l’organisation. Depuis le 15 septembre, Haïti connaît un regain de contestation en raison d’une pénurie de carburant depuis le mois d’août. Les manifestants réclament la démission du président, Jovenel Moïse. Des mouvements de protestation avaient déjà eu lieu en début d’année pour dénoncer la pauvreté et la corruption avant de s’atténuer durant l’été. Depuis la reprise des manifestations, le HCR s’inquiète de la fermeture de la plupart des écoles et des pénuries auxquelles le secteur de la santé fait face.

Quels sont les soupçons de corruption qui pèsent sur Jovenel Moïse ?

Depuis la publication en février d’un rapport de la Cour supérieure des comptes haïtienne, une juridiction autonome chargée du contrôle administratif et juridictionnel des recettes et des dépenses de l’État, Jovenel Moïse, au pouvoir depuis février 2017, est soupçonné d’être impliqué dans l’affaire Petrocaribe. Cette affaire porte le nom d’un programme d’aide au développement à destination des pays des Caraïbes conduit par le Venezuela. Lancé en 2005, ce programme visait à leur vendre des produits pétroliers à un prix avantageux, ainsi qu’à mettre en place des projets de développement. Fin mai, la Cour supérieure des comptes haïtienne a publié un nouveau rapport dans lequel elle estime qu’une somme équivalant à 1,7 milliard d’euros a été détournée et impute une partie de ce détournement à Jovenel Moïse, qui dirigeait plusieurs entreprises avant d’être président.

Quelle est la situation économique de l’île ?

Haïti est le pays le plus pauvre du continent américain, selon la Banque mondiale, un organisme de financement du développement. Son PIB par habitant était de 1 863 dollars en 2018, contre 45 342 dollars pour la France, et 60 % des 10,8 millions d’Haïtiens vivent sous le seuil de pauvreté, fixé à 2,41 dollars par jour. Le pays fait également partie des moins développés du monde, avec un indice de développement humain – un indice prenant notamment en compte l’espérance de vie et le niveau d’éducation – qui le classe à la 168e place sur 189 pays. Selon la Banque mondiale, « l’instabilité politique a entravé le développement économique et social » du pays. L’inflation a atteint en août 20 % sur un an. Le Fonds monétaire international, un organisme international chargé de venir en aide aux pays en difficulté financière, estime que la croissance du pays atteindra 0,1 % cette année.