12 novembre 2019

Tout s'explique

Le président bolivien poussé à l’exil

Pourquoi le Mexique a-t-il accordé l’asile politique à Evo Morales ?

Le gouvernement mexicain a annoncé hier avoir accordé l’asile politique au président bolivien, Evo Morales, qui a annoncé dimanche sa démission à la télévision. Le Mexique estime qu’Evo Morales a besoin d’une protection en raison « de la situation d’urgence à laquelle il fait face en Bolivie, où sa vie et son intégrité physique sont menacées ». Premier président indigène du pays, élu en 2006 et réélu deux fois, Evo Morales, a déclaré hier soir sur Twitter qu’il reviendrait « bientôt ». Le président bolivien a renoncé à son poste en raison de manifestations contestant sa victoire au premier tour de l’élection présidentielle du 20 octobre. Le Mexique considère que les événements ayant conduit à sa démission relèvent d’un « coup d’État ».

Que se passe-t-il en Bolivie depuis l’annonce de sa démission ?

La démission d’Evo Morales a suivi celle de plusieurs membres de son gouvernement et de plusieurs autres représentants politiques boliviens, qui pouvaient assurer sa succession selon la Constitution. C’est le cas du vice-président, de la présidente et du vice-président du Sénat, ainsi que du président de la Chambre des députés. Face à cette vacance, la deuxième vice-présidente du Sénat, Jeanine Añez, membre du Mouvement social démocrate, une formation de centre droit qui constitue le principal parti d’opposition, a revendiqué la présidence par intérim. Elle a annoncé hier la convocation de nouvelles élections, afin que le poste de président soit attribué d’ici le 22 janvier, comme prévu initialement avec l’élection du 20 octobre. Jeanine Añez a également appelé à la fin des violences, qui se sont amplifiées durant le week-end, au point que la police a demandé l’aide de l’armée.

Qu’est-ce qui a poussé le président à la démission ?

Le Tribunal supérieur électoral (TSE) bolivien a publié le 24 octobre des résultats donnant Evo Morales en tête du premier tour de l’élection présidentielle avec plus de 40 % des voix et 10 points d’avance sur son opposant principal, Carlos Mesa, une situation lui permettant d’être élu sans avoir à passer par un second tour selon la loi électorale du pays. Ces résultats ont toutefois été contestés par des dizaines de milliers de citoyens. L’Organisation des États américains (OEA), qui regroupe 35 gouvernements du continent et qui avait déployé des observateurs dans le pays, avait exprimé sa « profonde inquiétude » face au dépouillement des votes. Dimanche, l’OEA a rendu un audit sur le scrutin dans lequel elle pointe des irrégularités et des manipulations des systèmes informatiques. Après la publication de ce rapport, le parquet bolivien a annoncé l’ouverture d’une enquête sur le TSE et le commandant en chef des armées a réclamé la démission d’Evo Morales.