18 novembre 2019

Tout s'explique

Contestations en Iran contre le prix du carburant

Quelle est la raison de la mobilisation en Iran ?

Un mouvement de protestation s’est déclenché vendredi soir en Iran et se poursuivait aujourd’hui. Il a émergé après l’annonce d’une hausse immédiate des prix des carburants par le Haut Conseil de coordination économique, qui réunit le président du pays, le président du Parlement et le chef de l’autorité judiciaire. La hausse – de 50 % pour les 60 premiers litres achetés dans le mois, puis de 300 % pour les litres suivants – doit servir à aider financièrement environ 60 millions des 82 millions d’habitants du pays. Un rapport de l’agence Fars publié hier estimait à 87 000 le nombre de manifestants et à un millier le nombre d’arrestations pour des heurts avec la police ou des dégradations. Selon l’ONG NetBlocks, qui surveille la liberté d’accès à Internet, l’Iran fait face à une coupure d’Internet, avec un niveau de connexion dans le pays qui s’établit à 5 % par rapport à la normale.

Quelle est la situation économique du pays ?

L’Iran dispose des quatrièmes réserves de pétrole au monde, selon le rapport sur l’énergie mondiale en 2018 de l’entreprise pétrolière britannique BP, mais le pays a du mal à l’exporter, en raison des sanctions dont les États-Unis menacent les entreprises américaines ou tierces commerçant avec l’Iran. Le président américain, Donald Trump, a décidé de réimposer des sanctions économiques à l’Iran après avoir annoncé en mai 2018 le retrait de son pays de l’accord sur le nucléaire iranien, signé en 2015. Il jugeait que l’Iran ne respectait pas toutes les clauses de ce texte visant à restreindre le développement de sa production nucléaire à un usage civil. Le Fonds monétaire international (FMI), un organisme international chargé de venir en aide aux pays connaissant des difficultés financières, estime que le PIB du pays va décroître de 9,5 % cette année, tandis que l’inflation s’élève à 36 % sur un an.

À quand remontent les dernières mobilisations citoyennes en Iran ?

Les dernières grandes manifestations en Iran remontent à fin 2017. Elles avaient mobilisé environ 42 000 personnes, selon un bilan du ministre de l’Intérieur, et avaient entraîné au moins 20 décès et plus de 1 000 arrestations. Les principaux slogans dénonçaient la corruption et la situation économique du pays, appelant pour certains à la démission du président, Hassan Rohani. Il s’agissait du premier mouvement de contestation d’ampleur depuis celui de 2009, qui avait suivi la réélection du président conservateur Mahmoud Ahmadinejad. Des centaines de milliers d’Iraniens avaient alors protesté, l’accusant de fraude. Les autorités avaient fermé l’université de Téhéran et bloqué de nombreux sites internet. Ces manifestations avaient été violemment réprimées, avec au moins 30 morts et plus de 4 000 arrestations, selon les chiffres officiels.