23 novembre 2019

On revient au début

L’Iran depuis la révolution islamique

Déclenché par l’annonce d’une hausse des prix des carburants, un mouvement de contestation se déroule depuis le week-end dernier en Iran. Il a déjà causé la mort de plusieurs dizaines de personnes, selon des informations rapportées mardi par le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Le régime au pouvoir en Iran est issu de la révolution qui s’y est déroulée en 1979 et qui a installé une République islamique.


À l’origine

Sur le trône depuis 1941, le monarque iranien Mohammad Reza Pahlavi, héritier de la dynastie au pouvoir depuis 1925, est renversé en janvier 1979 après une contestation populaire d’un an violemment réprimée. Celle-ci est principalement menée par des libéraux, des communistes et des islamistes. L’ayatollah (l’un des titres les plus élevés du clergé de l’islam chiite) Khomeini, expulsé en 1963, revient dans le pays. Après un référendum, il proclame en mars la République islamique d’Iran. Elle est dirigée par un leader religieux, baptisé « guide de la Révolution », un rôle qu’il assure jusqu’en 1989, ainsi que par un président qui gère l’exécutif. En mai 1979, Khomeini crée le corps armé des Gardiens de la révolution islamique. En novembre, des étudiants islamiques prennent en otage des membres de l’ambassade des États-Unis à Téhéran, la capitale du pays, dénonçant l’accueil sur le sol américain de Mohammad Reza Pahlavi. Les États-Unis rompent toutes relations diplomatiques avec l’Iran à partir d’avril 1980 et lui imposent des sanctions économiques.


Les dates clés

1980

Depuis son arrivée au pouvoir, l’ayatollah Khomeini cherche à exporter la révolution islamique dans les pays où la majorité de la population est chiite, ce qui est le cas de l’Irak. Le gouvernement irakien, dirigé par un président sunnite, Saddam Hussein, craint une extension de cette révolte sur son sol et espère profiter de l’instabilité post-révolutionnaire en Iran pour faire de l’Irak une plus grande puissance régionale. En septembre 1980, les troupes irakiennes envahissent le sud-ouest de l’Iran. Le conflit s’enlise. L’Iran refuse les cessez-le-feu proposés. « La nécessité de faire face à l’attaque irakienne remobilise une population désillusionnée et remet sur pied une armée troublée. La priorité donnée à la résistance nationale “justifie” les atteintes aux libertés et le gel des transformations de structure », écrivent les journalistes du Monde diplomatique Alain Gresh et Dominique Vidal, dans leur livre « Les 100 clés du Proche-Orient ». Le conflit se termine en 1988. Il a fait plus d’un million de morts, la moitié de chaque côté.

1999

La fermeture par les autorités iraniennes d’un journal réformateur, Salam, à qui elles reprochent d’avoir publié une lettre d’un membre des services de renseignement, entraîne en 1999 une protestation d’étudiants à Téhéran. Le dortoir de l’université est occupé et les forces de l’ordre le saccagent. De nombreux étudiants sont arrêtés et subissent des violences, entraînant une intensification du mouvement de protestation, qui s’étend dans le pays. Alors que les manifestants demandaient initialement une plus grande liberté de la presse, ils réclament ensuite des réformes libérales et le remplacement du régime islamique par une démocratie laïque. Il s’agit de la contestation la plus importante contre le régime depuis son installation. 10 ans plus tard, en 2009, un autre mouvement de protestation d’ampleur a lieu dans tout le pays, lors de la réélection du président conservateur Mahmoud Ahmadinejad, accusé de fraude. Une violente répression des manifestations provoque au moins 30 morts, selon les chiffres officiels, contestés par les opposants au pouvoir.

2013

Le candidat modéré Hassan Rohani est élu président de la République en juin 2013, face à cinq candidats conservateurs. Cet ancien vice-président du Parlement a appelé à la libération des prisonniers politiques lors de sa campagne. Il en fait libérer une dizaine en septembre. Il a également mis en avant le travail qu’il a effectué lorsqu’il était négociateur en chef du dossier sur le nucléaire iranien de 2003 à 2005. Hassan Rohani signe en 2015 un accord avec l’Allemagne, la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie, ainsi que l’Union européenne. Il se démarque ainsi de son prédécesseur, Mahmoud Ahmadinejad, qui avait déclaré en 2006 que l’Iran avait « rejoint les pays nucléaires ». L’accord prévoit que l’Iran limite sa production nucléaire à un usage civil pour 10 ans, avec l’instauration d’inspections renforcées, en contrepartie d’un allégement des sanctions économiques qu’il subit depuis 1980. Hassan Rohani est réélu en 2017.

2018

Les États-Unis annoncent en mai 2018 leur retrait de l’accord sur le nucléaire iranien, conformément à une promesse de campagne du président américain, Donald Trump. Celui-ci reproche à l’Iran de ne pas respecter toutes les clauses de l’accord. Les États-Unis imposent à nouveau à l’Iran des sanctions financières que l’accord avait suspendues. À plusieurs reprises, Donald Trump reproche également à l’Iran son soutien à des groupes que les États-Unis considèrent comme terroristes au Liban, en Irak et au Yémen. Le retour des sanctions aggrave les difficultés économiques du pays, qui entre en récession. Le Fonds monétaire international (FMI), un organisme international chargé de venir en aide aux pays connaissant des difficultés financières, prévoit que le PIB du pays va décroître de 9,5 % cette année avec une inflation atteignant 36 %. Le chômage touche 11 % de la population active, selon la Banque mondiale, un organisme de financement du développement.


Politique étrangère

L’Iran mène une politique étrangère visant à soutenir les musulmans chiites dans le monde, ce qui l’amène à se confronter à certains pays à majorité sunnite, en particulier l’Arabie saoudite. L’Iran est impliqué au Liban, où il a soutenu la création du mouvement politique et armé du Hezbollah, en 1982, alors qu’Israël avait envahi une partie du pays. Le Hezbollah est toujours très actif aujourd’hui et compte 13 députés sur 128 sièges au Parlement libanais. L’Iran soutient également le régime du président syrien, Bachar el-Assad, tandis que l’Arabie saoudite appuie les rebelles depuis le début du conflit en 2011. Bien que dirigeant un pays à majorité musulmane sunnite, Bachar el-Assad est issu d’une famille alaouite, une branche du chiisme. L’Iran est aussi impliqué au Yémen, où il soutient publiquement, même s’il dément leur fournir des armes, les rebelles houthis, dont la plupart sont zaydites, une branche minoritaire de l’islam chiite. Selon un rapport remis fin 2018 au Conseil de sécurité de l’ONU, le logo d’une entreprise iranienne a été retrouvé sur des débris de missiles tirés depuis le Yémen vers l’Arabie saoudite.