28 novembre 2019

Tout s'explique

Un consulat iranien incendié en Irak

Quelle est la situation en Irak ?

Des manifestants ont incendié hier soir le consulat d’Iran à Nadjaf, une ville située à environ 150 km au sud de Bagdad, la capitale irakienne. Peu avant l’incendie, ils ont pénétré dans l’enceinte de ce bâtiment et crié « Iran dehors ! », selon l’AFP. Interrogés, plusieurs manifestants ont déclaré que l’Iran soutenait le gouvernement irakien, dont ils demandent la démission. Au moins 22 manifestants ont été tués par balles ce matin à Nassiriya, une ville située à 310 km au sud-est de Bagdad, lorsque les forces de l’ordre ont avancé pour reprendre les deux ponts de la ville qu’ils occupaient, selon un responsable médical local interrogé par le Washington Post. Depuis le 1er octobre, date du début du mouvement de contestation dans le pays, plus de 360 personnes ont été tuées et 15 000 autres blessées, selon un bilan réalisé par l’AFP à partir de sources médicales et policières. Les autorités ne communiquent plus le nombre de victimes.

Pourquoi des Irakiens manifestent-ils ?

Les manifestations ont débuté le 1er octobre, principalement à Bagdad et dans le sud du pays, après des appels publiés sur les réseaux sociaux. Au début, les slogans des manifestants dénonçaient principalement la corruption, le chômage, ainsi que la qualité des services publics et des infrastructures. Selon l’ONG Transparency International, l’Irak est le 12e pays le plus corrompu au monde. Le Premier ministre irakien, Adel Abdel Mahdi, a présenté le 6 octobre une série de mesures économiques et sociales, comme l’augmentation des aides pour les familles en difficulté financière. Les manifestations ont repris le 24 octobre. Dans les rassemblements, les contestataires demandent une nouvelle Constitution et un renouvellement complet de la classe politique, tout en dénonçant l’ingérence de l’Iran.

De quelle influence dispose l’Iran en Irak ?

Le guide suprême iranien, Ali Khamenei, a déclaré le 7 octobre voir dans les manifestations en Irak un « complot » monté par des « ennemis » pour « semer la discorde » entre l’Iran et l’Irak, deux pays dont la population pratique majoritairement un islam chiite. Une guerre a opposé ces deux pays de 1980 à 1988, mais ils ont renoué des relations diplomatiques après la chute en 2003 du dirigeant irakien Saddam Hussein, provoquée par une intervention américaine. Le 18 novembre, le New York Times et le site d’investigation The Intercept ont publié des articles montrant l’influence de l’Iran en Irak après avoir eu accès à des rapports rédigés par le ministère iranien des Renseignements et envoyés par une source anonyme. Dans sa présentation, le New York Times note que ces documents témoignent du « travail méticuleux » réalisé par les espions iraniens pour « coopter les leaders » irakiens. Ils révèlent également que la « plus grande priorité » pour l’Iran est de « maintenir l’Irak comme client », écrit The Intercept.