18 décembre 2019

Tout s'explique

Manifestations en Inde en réaction à une loi sur la citoyenneté

Pourquoi les Indiens manifestent-ils ?

Des manifestations ont lieu en Inde depuis la semaine dernière. Elles sont organisées en réaction à l’adoption, mercredi dernier, d’un projet de loi permettant aux personnes fuyant les persécutions au Pakistan, au Bangladesh et en Afghanistan d’acquérir la nationalité indienne, à l’exception des musulmans. Dimanche, les autorités dénombraient six morts. Certains protestataires, notamment dans l’État de l’Uttar Pradesh, où vit une forte population musulmane, dénoncent le caractère antimusulman de la loi. D’autres, principalement dans le nord-est du pays, comme dans l’État d’Assam, craignent que la loi crée un afflux de réfugiés hindous du Bangladesh voisin.

Quelle est la politique du gouvernement indien à l’égard des musulmans ?

Depuis l’arrivée au poste de Premier ministre de Narendra Modi en 2014, le gouvernement indien se nourrit de « l’essor du nationalisme hindou » et prône « un rejet de la diversité religieuse », écrit Christophe Jaffrelot, directeur de recherche au Ceri-Sciences Po, dans un livre publié cette année. Plusieurs États dirigés par le BJP, le parti du Premier ministre, ont voté des lois punissant de sept à 10 ans de prison le fait de tuer un bovin, dont la consommation de la viande est exclue par la religion hindoue. Début août, le gouvernement indien a révoqué l’autonomie de la région du Cachemire, à majorité musulmane, qui était garantie par la Constitution indienne depuis son entrée en application en 1950.

Quelle est la place des religions en Inde ?

Les Hindous représentaient près de 80 % de la population indienne selon le recensement de 2011, tandis que les musulmans en constituaient 14,2 %. La constitution indienne de 1950 donne des droits égaux à toutes les religions. « La liberté d’abjurer toute religion est garantie », explique Rajeev Bhargava, ancien professeur de sciences politiques à l’Université de Delhi, dans un livre publié en 2012. « Personne n’est obligé de payer des impôts dont les recettes sont spécifiquement affectées à la promotion ou au maintien d’une quelconque religion ou confession », ajoute-t-il. Mais il n’est pas interdit à l’État d’intervenir dans les affaires religieuses, par exemple pour proposer une aide financière à des institutions éducatives « appartenant à des communautés religieuses ».