23 décembre 2019

Tout s'explique

La fin du franc CFA annoncée en Afrique de l’Ouest

Pourquoi Emmanuel Macron et Alassane Ouattara ont-ils annoncé la fin du franc CFA ?

Depuis Abidjan, la principale ville de la Côte d’Ivoire, Emmanuel Macron et le président ivoirien, Alassane Ouattara, également président de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), ont annoncé samedi la fin du franc CFA en 2020 au sein de la zone qui regroupe huit pays : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo. « Rompons les amarres », a déclaré Emmanuel Macron, pour répondre aux « nombreuses critiques » sur la relation entre la France et l’Afrique, jugée selon lui « postcoloniale » par la « jeunesse » dans ces pays. Les critiques envers le franc CFA, créé en 1945, sont apparues dès les années 1950, mais se sont amplifiées au cours des dernières années. Elles étaient soutenues par plusieurs économistes africains, comme le Togolais Kako Nubukpo et le Bissau-guinéen Carlos Lopes, mettant en cause la dépendance de la politique monétaire.

Par quoi sera-t-il remplacé ?

L’UEMOA prévoit en 2020 le remplacement du franc CFA par une nouvelle monnaie, l’eco. Les États n’auront plus l’obligation de déposer la moitié de leurs réserves de change auprès de la Banque de France et les organes de l’UEMOA ne compteront plus de représentants français. La parité fixe de l’eco sera maintenue avec l’euro. Le franc CFA restera utilisé par plusieurs pays d’Afrique centrale – Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine et Tchad. L’UEMOA présente l’eco comme la première étape d’un projet de monnaie unique portant le même nom développé par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), qui regroupe les États membres de l’UEMOA et d’autres pays anglophones tels que le Ghana et le Nigeria (principale économie de la région). Ces autres pays envisagent de rejoindre l’eco, mais selon des modalités qui restent à définir.

Comment le franc CFA s’est-il maintenu ?

Le franc CFA, pour « franc des colonies françaises d’Afrique », s’est maintenu après l’indépendance des pays colonisés au début des années 1960, sous le nom de « franc de la communauté financière africaine » pour l’Afrique de l’Ouest et de « franc de la coopération financière en Afrique centrale » pour l’Afrique centrale. Les dirigeants français et africains ont souvent mis en avant l’argument de la stabilité monétaire. Le franc CFA, « c’est de la stabilité pour les pays africains membres, un moyen de lutter contre l’inflation et une zone qui permet un développement économique dans de bonnes conditions », déclarait en avril le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire. Plusieurs pays, critiquant le maintien de relations coloniales avec la France à travers cette monnaie, ont quitté la zone monétaire, comme le Mali en 1962 et la Mauritanie en 1973. Le Mali a toutefois réintégré la zone en 1984, après avoir rencontré des difficultés financières.