11 janvier 2020

On revient au début

Les relations houleuses entre les États-Unis et l’Irak

Le Parlement irakien a adopté dimanche une résolution demandant au gouvernement irakien de mettre fin à la présence dans le pays de troupes étrangères, en particulier américaines. Cette résolution n’est pas contraignante, mais elle a reçu le soutien du Premier ministre. L’armée américaine a procédé le 3 janvier à une attaque à Bagdad, la capitale irakienne, conduisant à la mort du général iranien Qassem Soleimani. Les États-Unis se sont impliqués militairement en Irak de 2003 à 2011, puis à nouveau à partir de 2014.


À l’origine

Les États-Unis commencent à entretenir des relations avec le territoire correspondant à l’actuel Irak alors que celui-ci fait partie de l’Empire ottoman, au milieu du XIXe siècle. C’est à partir du XXe siècle que le pays s’y implique davantage, pour soutenir les compagnies pétrolières américaines qui s’y installent. Les États-Unis reconnaissent l’indépendance de l’Irak en 1930, alors que le territoire avait été placé sous mandat britannique à l’issue de la Première Guerre mondiale. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis restent impliqués en Irak, par crainte de l’expansion communiste sur le territoire. Ils soutiennent la prise de pouvoir en 1968 du parti socialiste et panarabe Baas. Saddam Hussein devient alors vice-président, avant de présider le pays à partir de 1979. L’invasion du Koweït par l’Irak en 1990 déclenche la guerre du Golfe et les États-Unis prennent la tête d’une coalition internationale contre l’Irak. Le Conseil de sécurité de l’ONU impose des sanctions au pays, où se développe un fort sentiment anti-américain.


Les dates clés

2003

Les États-Unis lancent le 19 mars 2003 une opération militaire en Irak pour évincer du pouvoir le dirigeant Saddam Hussein et le parti Baas. En janvier 2002, quatre mois après les attentats du 11-Septembre, le président américain, George W. Bush, a en effet déclaré que l’Irak, qu’il accuse de détenir des armes de destruction massive et de soutenir le terrorisme, faisait partie des États ennemis des États-Unis. Pour cette opération, les États-Unis sont à la tête d’une coalition qui comprend le Royaume-Uni, l’Australie et la Pologne, mais ils n’ont pas obtenu l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU. Le 9 avril, les militaires américains prennent Bagdad, où la statue de Saddam Hussein est renversée. Le 1er mai, le président américain, George W. Bush, affirme que « l’essentiel des opérations militaires est terminé », mais que « la guerre contre le terrorisme continue ». Le 13 décembre, Saddam Hussein est capturé dans le nord de Bagdad. Il sera condamné, puis pendu en 2006.

2004

Une Autorité provisoire de la coalition, investie de pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire et dirigée par des Américains, avait été mise en place en 2003. Elle est remplacée en juin 2004 par un gouvernement intérimaire, puis par un gouvernement de transition investi en mai 2005, cinq mois après des élections législatives. Au cours de cette période, les Américains démantèlent l’armée irakienne et mènent un processus de « débaasification », en interdisant le parti de Saddam Hussein et en effectuant une purge parmi les fonctionnaires. Le Parlement élu est chargé de rédiger une Constitution, adoptée par référendum en octobre 2005. Celle-ci affirme que l’Irak est un État fédéral, que son régime est démocratique et que l’islam est la religion d’État. Depuis 2005, le pouvoir se partage entre des représentants des trois principales communautés irakiennes : président kurde, Premier ministre chiite et président du Parlement sunnite.

2009

Le président américain, Barack Obama, annonce dès février 2009, un mois après avoir succédé à George W. Bush, son souhait de retirer les troupes américaines d’Irak, conformément à l’un de ses engagements de campagne. Même s’il reconnaît que l’Irak « n’est pas encore en sécurité », Barack Obama affirme que la mission des 142 000 soldats américains encore en Irak sera « terminée » d’ici au 31 août 2010. Une force de 30 000 à 50 000 soldats sera toutefois maintenue au-delà pour entraîner les forces irakiennes, pour protéger les Américains sur place et pour continuer à lutter contre le terrorisme, avant un retrait complet fixé à fin 2011. Entre 2003 et 2011, plus de 115 000 civils irakiens ont été tués, selon la base de données du projet Iraq Body Count, qui a recensé les morts civiles à partir des faits rapportés par la presse et les ONG, et plus de 4 400 soldats américains ont été tués, selon le département américain de la Défense.

2014

Après le départ des troupes américaines, le régime irakien rencontre des difficultés pour faire face à l’expansion sur son territoire de groupes djihadistes, en particulier le groupe État islamique (EI), issu de la fusion en 2006 d’Al-Qaïda en Irak et de cinq autres mouvements djihadistes. En 2014, l’Irakien Abou Bakr al-Baghdadi annonce la création d’un « califat », un régime politique islamiste, sur des régions conquises en Syrie et en Irak, dont Mossoul, la deuxième ville du pays. Les États-Unis s’impliquent alors à nouveau en Irak en prenant la tête d’une coalition internationale antidjihadiste, dont la France fait également partie. Le pays s’engage principalement par voie aérienne et par l’envoi de conseillers militaires, afin d’assister les forces de sécurité irakiennes. Face à cette contre-offensive, l’EI perd en 2017 la majorité du territoire irakien qu’il avait conquis. Les États-Unis conservent par la suite une présence militaire dans le pays, avec plus de 5 000 militaires encore sur place actuellement.


L’analyse

Le bilan de l’implication des États-Unis en Irak depuis 2003 est plutôt « catastrophique », selon la politologue Myriam Benraad, spécialiste de l’Irak, interrogée par Brief.me. Elle a en effet entraîné la « déstabilisation de l’Irak », avec la purge des fonctionnaires et des militaires, conduisant à une « fuite du capital humain » et à la mise en place d’une élite politique « massivement rejetée » par les habitants, comme l’ont démontré les manifestations d’octobre. Cette situation a donné lieu à la « mise en place d’un contexte anarchique qui perdure », « ouvrant l’Irak au djihadisme international ». L’Irak est aussi devenu le terrain d’un affrontement indirect entre les États-Unis et l’Iran. Dès les années 2000, « l’armée américaine a fait face à des milices chiites entraînées par les Iraniens », cherchant à étendre leur influence en Irak. Mais ils ne se sont pas affrontés alors, car « la priorité était de faire face à l’insurrection armée en Irak ». Or cette situation s’est dégradée avec le président américain Donald Trump, qui souhaite se désengager d’Irak tout en faisant une « démonstration de force » auprès des Iraniens.