13 janvier 2020

Tout s'explique

L’âge d’équilibre de la réforme des retraites suspendu

Qu’a annoncé Édouard Philippe ?

Le Premier ministre, Édouard Philippe, a annoncé samedi la suspension de la mesure du projet de réforme des retraites « consistant à converger progressivement à partir de 2022 vers un âge d’équilibre de 64 ans en 2027 », dans une lettre adressée aux organisations syndicales et patronales. Dans le projet de réforme, l’âge d’équilibre est celui auquel les assurés peuvent partir avec une retraite à taux plein, leur pension subissant une décote s’ils partent avant et un bonus s’ils partent après. Le retrait de ce dispositif est néanmoins conditionné à un accord trouvé par les partenaires sociaux [PDF] avant fin avril pour le financement du système d’ici 2027. La CFDT, l’Unsa et la CFTC ont salué l’annonce d’Édouard Philippe. L’intersyndicale réunissant la CGT, FO, la FSU, Solidaires et la CFE-CGC réclame, elle, toujours le retrait du projet de réforme et appelle à une nouvelle journée interprofessionnelle de mobilisation ce jeudi.

Quelles marges de négociation le gouvernement laisse-t-il aux partenaires sociaux ?

Dans sa lettre, le Premier ministre explique que si les partenaires sociaux trouvent un accord, les mesures sur lesquelles ils se seront accordés « ne devront entraîner ni baisse des pensions pour préserver le pouvoir d’achat des retraités ni hausse du coût du travail pour garantir la compétitivité de notre économie ». Le cadre des discussions est donc étroit, puisque sont exclues la baisse des pensions des retraités et la hausse des cotisations. Dans un communiqué, la CFE-CGC dit ne pas être « dupe du scénario écrit par le gouvernement » consistant à demander « aux partenaires sociaux de prendre les décisions » pour garantir l’équilibre du système « sans lui en donner les moyens ». Comme FO, la CFE-CGC dit craindre la répétition du scénario de la réforme de l’assurance-chômage, où le gouvernement a pris la décision finale après avoir constaté le désaccord des partenaires sociaux.

Pourquoi l’exécutif veut-il équilibrer financièrement le système ?

En novembre, le Conseil d’orientation des retraites (COR), un organisme placé auprès du Premier ministre, a publié un rapport anticipant pour 2025 un déficit du système de retraite allant de 7,9 milliards à 17,2 milliards d’euros constants (hors inflation), selon les scénarios retenus. Le Premier ministre a alors estimé « essentiel que le système soit à l’équilibre » au moment de la mise en œuvre de la réforme en 2025. Dans son rapport, le COR note que « ce déficit n’est pas lié à l’évolution des dépenses de retraite dont la part dans le PIB reste constante », mais s’explique par une diminution des cotisations, due principalement à « la maîtrise des rémunérations et de l’emploi dans la fonction publique ». Économiste à l’OFCE, le centre de recherche en économie de Sciences Po, Henri Sterdyniak estimait dans une note publiée en novembre que le déficit était « artificiel » parce que résultant de la politique budgétaire à l’égard de la fonction publique.