17 janvier 2020

Tout s'explique

La Turquie envoie des troupes en Libye

Qu’a annoncé hier Recep Tayyip Erdogan ?

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé hier l’envoi de troupes militaires en Libye, en soutien à Fayez al-Sarraj, président du gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par l’ONU. Cette décision intervient après le vote d’une motion le 2 janvier par le Parlement turc autorisant l’armée à intervenir en Libye en soutien au GNA. En novembre, la Turquie et Fayez al-Sarraj avaient déjà signé un accord de coopération militaire. Le GNA fait face depuis avril à une offensive des troupes de l’Armée nationale libyenne commandée par le maréchal Khalifa Haftar, qui contrôle la majeure partie du territoire libyen (voir carte). Lundi, Khalifa Haftar a refusé de signer un accord de cessez-le-feu, rédigé à l’initiative de la Russie et de la Turquie, tandis que Fayez al-Sarraj l’a accepté. Un sommet dédié au conflit libyen doit se tenir dimanche à Berlin, en Allemagne, à l’appel de l’ONU.

Pourquoi la Turquie intervient-elle ?

« Afin que le gouvernement légitime en Libye reste debout et que la stabilité soit établie, nous envoyons maintenant nos soldats dans ce pays », a expliqué hier Recep Tayyip Erdogan. Pour Jana Jabbour, docteure en sciences politiques et spécialiste de la Turquie, l’intervention turque a aussi une visée économique puisque la Turquie avait « des intérêts commerciaux colossaux pendant l’ère Kadhafi », explique-t-elle à Libération. Fin novembre, Recep Tayyip Erdogan a signé un accord avec Fayez al-Sarraj délimitant des zones en Méditerranée orientale, une zone riche en hydrocarbures où il souhaite mener des forages. « L’implication politique et militaire turque en Libye s’inscrit dans le cadre des efforts du président Erdogan d’étendre l’influence de son pays », déclarait début janvier à France 24 Bachir Abdel-Fattah, spécialiste de la Turquie au sein d’un centre d’études politiques égyptien.

Quel est le rôle de la Russie en Libye ?

La Russie ne soutient pas officiellement le maréchal Khalifa Haftar. Des médias britanniques et américains comme le Telegraph et le New York Times ont publié en 2019 des articles faisant état de la présence aux côtés des troupes du maréchal Haftar de plusieurs centaines de mercenaires du Groupe Wagner, une milice privée russe déjà présente dans l’est de l’Ukraine et en Syrie. Le président russe, Vladimir Poutine, a déclaré samedi : « S’il y a des Russes en Libye, ils ne représentent pas l’État russe et ne sont pas payés par l’État. » En novembre, Moncef Djaziri, professeur à l’Université de Lausanne et spécialiste de la Libye, déclarait au site Vatican News que la Russie s’investissait en Libye « pour obtenir de futurs contrats liés à la reconstruction du pays et à ses ressources énergétiques » et pour « prendre pied sur la rive méridionale de la Méditerranée ».