23 janvier 2020

Tout s'explique

La Birmanie sommée d’empêcher le génocide des Rohingyas

Qu’a décidé la Cour internationale de justice ?

La Cour internationale de justice (CIJ), le principal organe judiciaire de l’ONU, a ordonné aujourd’hui à la Birmanie de « prendre toutes les mesures » pour « prévenir » un génocide visant la minorité musulmane des Rohingyas. La Birmanie doit également veiller à ce que « ni ses unités militaires, ni aucune armée régulière » ne commettent « d’actes de génocide » à l’encontre des Rohingyas. Cette décision est définitive et sans recours. En novembre, la Gambie, mandatée par l’Organisation de la coopération islamique – une organisation de défense des intérêts du monde musulman qui rassemble 57 États membres –, avait déposé plainte contre la Birmanie devant la CIJ. Elle demandait des mesures d’urgence pour mettre fin au « génocide » de la Birmanie contre les Rohingyas. La dirigeante birmane Aung San Suu Kyi s’est rendue devant la CIJ à La Haye (Pays-Bas) pour défendre son pays en décembre.

Pourquoi l’ONU parle-t-elle de génocide ?

La convention des Nations unies pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée en 1948, définit le génocide comme un acte « commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». Une mission indépendante mise en place par l’ONU en mars 2017 pour enquêter sur les massacres de Rohingyas affirmait dès 2018 avoir trouvé des « actes génocidaires » ayant provoqué la mort de « milliers de Rohingyas » en 2017. Elle s’appuyait notamment sur un massacre perpétré dans un village par l’armée birmane fin août 2017 qu’elle qualifiait d’« attaque délibérée et bien planifiée contre une population civile spécifique ». Lundi, une commission chargée par le gouvernement birman d’enquêter sur les exactions commises a reconnu des crimes de guerre commis par l’armée à l’encontre des Rohingyas, mais pas de génocide.

Quelle est la situation actuelle des Rohingyas ?

La mission indépendante de l’ONU sur la Birmanie a rendu en septembre 2019 un rapport dans lequel elle estime à 600 000 le nombre de Rohingyas vivant encore dans le pays. Ils y sont sous une « menace de génocide » et font l’objet de « sévères restrictions » à leur liberté de circulation, d’une privation de nationalité et d’agressions physiques pouvant aller jusqu’à de la torture. Plus de 740 000 membres de cette minorité ont fui la Birmanie vers le Bangladesh voisin (voir la carte de l’AFP) depuis août 2017, selon le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés, et vivent dans des camps surpeuplés. De nombreux Rohingyas ayant fui leur pays auparavant, le nombre de réfugiés à Cox’s Bazar, une ville du sud-est du Bangladesh, atteignait il y a deux semaines plus de 910 000 personnes, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU.