25 janvier 2020

On revient au début

La Russie de Vladimir Poutine

Le président russe, Vladimir Poutine, a annoncé mardi la composition du nouveau gouvernement russe, après avoir accepté la semaine dernière la démission du Premier ministre, Dmitri Medvedev, et nommé son successeur, Mikhaïl Michoustine. L’actuel mandat de Vladimir Poutine, qui dirige le pays depuis 2000, alternativement comme président et comme Premier ministre, est le dernier selon la Constitution et doit s’achever en 2024. Il a présenté la semaine dernière un projet de réforme de la Constitution prévoyant d’étendre les pouvoirs du Parlement, du Premier ministre et du Conseil d’État, une instance aujourd’hui consultative.


À l’origine

Vladimir Poutine naît en 1952 à Saint-Pétersbourg. Dès la fin de ses études de droit, en 1975, il est recruté par le KGB, le service de renseignement soviétique. Il est envoyé 10 ans plus tard en Allemagne de l’Est, avant d’être rappelé en 1990, dans le contexte de la réunification allemande puis de la chute de l’URSS. Celle-ci donne lieu au démantèlement du KGB. Vladimir Poutine débute alors sa carrière politique. Il devient conseiller aux Affaires internationales puis premier adjoint à la mairie de Saint-Pétersbourg. Il intègre ensuite l’administration présidentielle en 1996, puis prend la direction deux ans plus tard du service fédéral de sécurité, le FSB, l’une des organisations qui a succédé au KGB. Vladimir Poutine fait diffuser en mars 1999 à la télévision nationale une vidéo mettant en scène un homme présenté comme le procureur général russe avec des prostituées, alors que celui-ci a ouvert une enquête pour corruption visant des proches du président Boris Eltsine. Celui-ci le nomme Premier ministre cinq mois plus tard.


Les dates clés

2000

Vladimir Poutine est élu président dès le premier tour en mars 2000, après avoir assuré l’intérim du président Boris Eltsine, qui a démissionné fin 1999 pour des raisons de santé. « Vladimir Poutine a tout de suite cherché à se distinguer de Boris Eltsine et de la soi-disant anarchie de sa politique, ainsi qu’à incarner un homme fort, qui ne boit pas », explique à Brief.me Françoise Thom, historienne et spécialiste de la Russie, autrice du livre « Comprendre le poutinisme » (2018). Il impose tout de suite une ligne politique reposant sur la « verticalité du pouvoir », soit « un renforcement de la centralisation, l’instauration d’une autocratie plus systématique et le retour à un système de parti au pouvoir qui contrôle tout », ajoute-t-elle. Par décret, il divise le pays en sept districts fédéraux, dont il nomme les représentants, chargés de superviser les 85 gouverneurs du pays. Il renforce également le contrôle de l’État sur l’information, en procédant à des nominations dans les médias publics et en encourageant des reprises de médias par des groupes privés proches du pouvoir.

2004

Depuis son arrivée au Kremlin, Vladimir Poutine veille à la reprise en main du secteur de l’énergie par l’État. L’année de sa réélection, en 2004, l’entreprise pétrolière publique Rosneft rachète la principale filiale de la première compagnie pétrolière du pays, le groupe Ioukos, dont le dirigeant, Mikhaïl Khodorkovski, a été condamné l’année précédente pour fraude fiscale. En 2005, l’État devient l’actionnaire majoritaire de l’entreprise de production de gaz Gazprom, la plus importante au monde. La hausse des prix des hydrocarbures contribue à une croissance soutenue du pays, qui dépasse 8 % du PIB en 2006 et 2007, et permet de redistribuer davantage de richesses à la population, dont le niveau de vie augmente. La maîtrise du secteur de l’énergie permet surtout à Vladimir Poutine de « contrôler les flux financiers importants du pays » et d’« empêcher que les oligarques aient une influence ou des ambitions politiques quelconques », analyse Françoise Thom. Il fait aussi de cette suprématie « un instrument d’influence, surtout en Europe ».

2008

Vladimir Poutine ne peut se présenter à nouveau à l’élection présidentielle de mars 2008, la Constitution russe limitant le nombre de mandats présidentiels consécutifs à deux. Il soutient la candidature de son premier vice-Premier ministre, Dmitri Medvedev, qui a promis en retour de le nommer Premier ministre s’il est élu. Vladimir Poutine est nommé par Dmitri Medvedev, qui vient de remporter l’élection présidentielle avec 70 % des voix. Selon la Constitution, en tant que Premier ministre, Vladimir Poutine doit définir la politique et les actions du gouvernement, mais formellement il ne peut plus, comme lorsqu’il était président, soumettre des projets de loi au Parlement ou diriger le Conseil de sécurité, un organe consultatif de la présidence russe qui traite des questions de sécurité nationale. Il reste toutefois très influent dans la vie politique et dirige par ailleurs le parti Russie unie majoritaire au Parlement. Dmitri Medvedev fait adopter en décembre 2008 une réforme de la Constitution pour que la durée du mandat présidentiel passe de quatre ans à six ans.

2011

Vladimir Poutine annonce en septembre 2011 qu’il sera candidat à l’élection présidentielle de l’année suivante. En décembre, plusieurs manifestations ont lieu après des élections législatives remportées par son parti et au cours desquelles l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (qui regroupe 57 États, dont la Russie) a constaté des « violations fréquentes de la procédure ». Il s’agit des plus grands rassemblements contre le pouvoir depuis la chute de l’URSS. Vladimir Poutine est tout de même élu avec 63,6 % des voix en mars 2012. Il fait adopter deux lois pour punir plus sévèrement les participants et organisateurs de manifestations non autorisées. Des opposants sont régulièrement arrêtés et certains choisissent l’exil, comme l’ancien joueur d’échecs Garry Kasparov en 2013. Vladimir Poutine remporte encore l’élection présidentielle de 2018, avec 76,7 % des voix, soit son score le plus important depuis sa première élection. Opposant à Vladimir Poutine, Alexeï Navalny avait vu sa candidature rejetée par la Commission électorale en raison d’une condamnation en justice.


L’analyse

« L’objectif prioritaire de Vladimir Poutine, c’est de restaurer ce qu’il considère comme la grande puissance russe », déclare à Brief.me Françoise Thom. Cela passe par une réaffirmation du pouvoir de la Russie dans l’ex-espace de l’Union soviétique. En 2014, il soutient les séparatistes ukrainiens, après la destitution du président ukrainien pro-russe Viktor Ianoukovytch, fait intervenir l’armée russe dans la région ukrainienne de Crimée et intègre cette dernière au territoire russe après un référendum. Vladimir Poutine intervient également au Moyen-Orient. Il soutient le régime de Bachar el-Assad dès le début du conflit syrien en 2011, puis s’implique dans le conflit libyen. Il vise ainsi « à remplacer les États-Unis comme puissance dominante au Moyen-Orient et à prendre le contrôle des ressources pétrolières de la région », analyse Françoise Thom.