30 janvier 2020

Tout s'explique

Une adolescente menacée après avoir insulté l’islam

Qu’a décidé la justice dans « l’affaire Mila » ?

Le procureur de la République de Vienne a annoncé aujourd’hui qu’il classait sans suite une enquête pour « provocation à la haine à l’égard d’un groupe de personnes, à raison de leur appartenance à une race ou une religion déterminée » ouverte à l’encontre de Mila, une lycéenne de 16 ans. Le 18 janvier, elle avait déclaré dans une vidéo diffusée en direct sur le réseau social Instagram : « L’islam, c’est de la merde » et « Votre dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul ». Selon le procureur, l’enquête a démontré que ces propos, « quelle que soit leur tonalité outrageante », n’avaient pas pour objet « d’exhorter à la haine ou à la violence » contre les musulmans. Mila a dû être déscolarisée en raison des menaces de mort qu’elle a reçues depuis. Le procureur a précisé que l’enquête visant à identifier et à poursuivre les auteurs de ces menaces se poursuivait.

Pourquoi les propos de la ministre de la Justice sont-ils critiqués ?

Interrogée sur « l’affaire Mila », la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a déclaré hier matin sur Europe 1 que « dans une démocratie, la menace de mort » était « inacceptable », ajoutant que « l’insulte à la religion » constituait « évidemment une atteinte à la liberté de conscience ». Ces propos ont été critiqués par des politiques, à gauche et à droite. Le député européen de gauche Emmanuel Maurel a demandé si le gouvernement s’apprêtait « à rétablir un très peu laïque délit de blasphème ». L’avocat de Charlie Hebdo, Richard Malka, a estimé dans une interview au Figaro que c’était « au contraire la liberté de conscience de Mila » qui était en jeu, « car elle a le droit de penser ce qu’elle veut de l’islam et de le dire, même sur les réseaux sociaux ». Un peu plus tard, la ministre est revenue sur ses propos auprès de l’AFP, jugeant sa première expression « maladroite ». Elle a déclaré qu’elle ne voulait pas remettre en cause « le droit de critiquer une religion ».

Que dit la loi par rapport au blasphème ?

Le dictionnaire Larousse définit le blasphème comme une parole ou un discours « qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré ». En France, la loi a aboli en 1881 le délit de blasphème, mais a créé en 1972 les délits d’injure, de diffamation à caractère raciste ainsi que de provocation à la haine, à la violence ou à la discrimination. Dans une interview publiée en 2018 par le groupe de réflexion Institut Montaigne, la professeure de théologie politique Anastasia Colosimo expliquait que l’introduction de ces délits avait alors posé la question « de savoir si insulter une religion en soi » revenait à « offenser les adeptes de cette religion ». Saisi au sujet de la publication des caricatures du prophète Mahomet dans Charlie Hebdo, le tribunal de grande instance de Paris a estimé en 2007 qu’il était permis d’insulter une religion, mais pas d’insulter les adeptes de cette religion.