1er février 2020

On revient au début

Les efforts déployés pour lutter contre le chômage

Les demandeurs d’emploi sans aucune activité (catégorie A de Pôle emploi) étaient 3,55 millions fin décembre, selon des chiffres publiés lundi par le ministère du Travail. Ils sont 120 700 de moins que l’année précédente, ce qui constitue la plus forte baisse depuis la crise financière de 2008. Face à la montée du chômage à partir des années 1960, les gouvernements successifs ont proposé des mesures pour le combattre, en ciblant en particulier les populations les plus touchées, comme les jeunes.


Le concept

Une personne est considérée au chômage lorsqu’elle est en âge de travailler (15 ans ou plus en France), sans emploi, disponible pour prendre un poste dans les 15 jours et si elle en a cherché activement un au cours du dernier mois, selon l’Organisation internationale du travail, qui dépend de l’ONU. Cette définition permet des comparaisons internationales. Le taux de chômage détermine la part des chômeurs par rapport à l’ensemble de la population active, c’est-à-dire les personnes occupant un emploi et celles au chômage. Un chômeur n’est pas forcément inscrit à Pôle emploi, l’organisme public chargé du placement et de l’indemnisation des demandeurs d’emploi. Inversement, toutes les personnes inscrites à Pôle emploi sont considérées comme demandeurs d’emploi, mais pas nécessairement comme étant au chômage. Plusieurs catégories définissent leur disponibilité et leur situation.


Les dates clés

1977

Le Premier ministre, Raymond Barre, lance en juillet 1977 un « pacte pour l’emploi ». Il s’agit des premières mesures nationales pour combattre le chômage chez les moins de 25 ans. Ceux-ci représentent 43,2 % des chômeurs en mars 1977, année pendant laquelle est franchi le seuil d’un million de chômeurs. Le « pacte pour l’emploi » met en place des exonérations de cotisations sociales pour l’embauche de jeunes ou d’apprentis, ainsi que des mesures pour compléter la formation des jeunes en encourageant les stages. Plus de 550 000 personnes bénéficient de ces mesures à la fin de l’année 1977, selon un rapport du Sénat. Le chômage continue toutefois d’augmenter et de pénaliser davantage les jeunes, ce qui conduit la plupart des gouvernements suivants à mettre en place d’autres mesures qui leur sont destinées, comme des contrats subventionnés dans les collectivités et les associations en 1984 ou les « emplois jeunes » en 1997, des CDD de cinq ans pour les moins de 26 ans.

1993

Alors qu’une deuxième période de cohabitation politique a débuté en mars 1993, le président socialiste, François Mitterrand, est invité à commenter, lors de l’interview télévisée du 14-Juillet, les actions du gouvernement de droite d’Édouard Balladur en matière de lutte contre le chômage. François Mitterrand répond : « Vous savez, dans la lutte contre le chômage, on a tout essayé. » Comme il le rappelle, le nombre de chômeurs est passé de 1,6 million en 1981, l’année de son élection à la présidence, à plus de 3 millions début 1993, soit 9,5 % de la population active, selon l’institut national de statistiques Insee. Cette augmentation est observée dans « le monde industriel occidental dans son ensemble », souligne-t-il, du fait « de la dépression économique, de la mutation technologique et souvent de l’absence de formation des travailleurs », et ce « que le gouvernement soit conservateur ou qu’il soit socialiste ».

1998

Ministre du Travail dans le gouvernement de Lionel Jospin, Martine Aubry fait adopter en 1998 une loi réduisant la durée hebdomadaire du travail de 39 heures à 35 heures, à partir de 2000 pour les entreprises de plus de 20 salariés et à partir de 2002 pour les autres, sans baisse de rémunération. Le principal objectif est de répartir les emplois sur un plus grand nombre de personnes, alors que le taux de chômage s’élève à 10 % de la population active, selon l’Insee. Dès le début de l’examen du projet de loi à l’Assemblée nationale, Martine Aubry avait néanmoins précisé que la réduction de la durée du travail n’était « pas la solution unique, la solution miracle au problème du chômage », mais que cela pouvait tout de même permettre « beaucoup de créations d’emplois ». Une deuxième loi adoptée fin 1999 fixe la durée légale du temps de travail à 1 600 heures par an, ce qui permet d’aménager différemment la durée des semaines de travail au cours de l’année. Selon l’Insee, ces deux lois ont permis la création de 350 000 postes entre 1998 et 2002. Le taux de chômage reflue à 7,6 % fin 2002.

2017

En janvier 2017, le gouvernement lance pour quatre ans l’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée » dans 10 zones sélectionnées. Un chômeur est considéré « de longue durée » s’il est privé d’emploi depuis plus d’un an. Cela représente 2,46 millions de personnes inscrites à Pôle emploi. Leur nombre a augmenté de 1,4 million depuis la crise économique de 2008. L’idée de cette expérimentation, inspirée d’un projet initialement porté par l’association de lutte contre la pauvreté ATD Quart Monde, est de réaffecter l’argent permettant d’indemniser les chômeurs de longue durée vers des créations d’emplois pérennes. Un fonds de 15 millions d’euros par an sert ainsi à financer des « entreprises à but d’emploi » (EBE), développant des activités manquantes sur le territoire et embauchant en CDI des chômeurs de longue durée rémunérés au Smic. Selon un rapport remis en novembre au gouvernement, 742 personnes bénéficiaient de ce dispositif en juin 2019, sur les 4 024 personnes éligibles, du fait d’un nombre encore restreint d’EBE créées.


À l’étranger

En 1960, la Communauté économique européenne, devenue l’Union européenne en 1993, s’est dotée d’un Fonds social européen (FSE), qui représente près de 10 milliards d’euros de budget annuel, selon la Commission européenne. Le FSE permet de financer des projets au niveau local, régional ou national, visant en particulier à développer la formation professionnelle, à faciliter l’accès à l’emploi des jeunes diplômés ou de personnes défavorisées ou handicapées. L’UE s’est engagée face au chômage des jeunes, qui a particulièrement augmenté à partir de la crise économique de 2008. En 2013, elle a lancé le dispositif « garantie pour la jeunesse », qui finance des projets dans les États membres pour que tous les jeunes de moins de 25 ans bénéficient d’un emploi, d’une formation continue, d’un apprentissage ou d’un stage, dans les quatre mois suivant la fin de leurs études ou la perte de leur emploi. En décembre 2019, le taux de chômage s’élevait à 6,2 % dans l’ensemble de l’UE, allant de 2 % en République tchèque à 16,6 % en Grèce, où les derniers chiffres disponibles datent d’octobre, selon l’office statistique européen Eurostat.